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Alternatives Internationales

2013/3 (N° 58)


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Ils ont surgi sur le devant de la scène politique dans la foulée des Révolutions arabes. Jusque-là, le terme d'"islamistes" nous était familier, quel que soit le flou de sa définition (lire p. 28). Celui de "jihadistes" aussi, version guerrière de l'islam politique. Voici donc les "salafistes". Certes, ce ne sont pas des nouveaux venus, dans le paysage religieux tout au moins. Mais justement, ils semblaient s'y cantonner. Connue pour son ultra-orthodoxie, la grande majorité des salafistes, qualifiés pour cette raison de quiétistes, affectait de se tenir à l'écart des affaires de partis, d'élections, et des compromissions liées au pouvoir qui auraient pu entacher son aspiration à la pureté. Jusqu'à d'étonnantes conclusions parfois. Tel le grand théoricien syrien (né en Albanie), Muhammad Nasir ad-Din al-Albani qui conseillait aux Palestiniens de quitter la Cisjordanie et Gaza parce qu'ils ne pouvaient, sous occupation israélienne, vraiment observer les rites de l'islam. À l'opposé des quiétistes, une petite minorité de salafistes s'était lancée, comme d'autres musulmans radicaux, dans le jihad armé. Au Mali par exemple, (lire p. 36), et pour des motivations autant sociales que religieuses souvent.

Compromis ou compromission ?

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Entre le silence politique de la majorité et la violence révolutionnaire de la minorité, il ne semblait guère y avoir de voie médiane. Or voici qu'une partie des salafistes entre désormais dans l'arène des scrutins. Le parti égyptien al-Nour ("Parti de la lumière") est arrivé en deuxième position derrière les Frères musulmans lors des élections législatives de 2011-2012 (lire p. 33). Et plusieurs formations relevant du même courant ont été créées en Tunisie depuis la chute de Ben Ali (lire p. 31). L'apparition d'un espace politique nouveau au Maghreb et au Machrek (l'Orient arabe) semble bien avoir suscité des vocations dans un milieu qui paraissait vouloir se consacrer à la seule foi pour le plus grand bonheur des pouvoirs autoritaires.

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La décision de certains salafistes d'entrer de plain-pied dans le jeu politique ne va pas sans débat dans leur famille religieuse, ni sans risques. Ces débats rappellent d'ailleurs ceux qui ont agité d'autres mouvements engagés de plus longue date dans ce combat, tels les Frères musulmans : faut-il privilégier la prédication, c'est-à-dire la réislamisation par le bas de la société pour favoriser naturellement, fût-ce à très long terme, l'avènement d'un régime politique vraiment islamique ? Ou faut-il conquérir le pouvoir afin de créer par le haut un système institutionnel conforme à cette norme ? Derrière le débat tactique, se cachent aussi des ambitions personnelles : le puritanisme ne résiste pas toujours à la tentation du maroquin.

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Les risques politiques pour les salafistes, dont la raison d'être est le fondamentalisme, se trouvent dans la nécessité de passer des compromis avec des non salafistes s'ils s'associent au pouvoir. Et notamment sur la place de la religion dans les institutions. Car autant leur compagnonnage plus ou moins passif avec des régimes dictatoriaux leur a épargné de telles contraintes, autant le débat démocratique les rend inévitables puisqu'à vue humaine, leur audience dans l'opinion ne leur permet pas d'assumer la direction des affaires.

Gouverner n'est pas prier

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À plus long terme cependant, cette audience dépend de la réussite, ou de l'échec, de coalitions gouvernementales emmenées aujourd'hui par leurs rivaux non salafistes (Frères musulmans en Égypte, Ennahda en Tunisie, Parti de la justice et du développement au Maroc…). Dans un contexte économique et social désastreux, les catégories populaires pourraient vite être déçues par ces nouveaux gouvernants. Il est donc tentant pour des salafistes de se tenir à l'écart des coalitions au pouvoir, par pureté dogmatique peut-être, mais aussi dans l'espoir de rafler plus tard la mise électorale. Rester à l'écart ne veut pas dire se taire cependant, comme le prouvent les actions musclées de "police des moeurs" que des groupes salafistes mènent dans la rue, en Tunisie par exemple (lire p. 32). Une manière de faire de la politique qui évite d'avoir à élaborer un programme précis de gouvernement, mais qui risque aussi d'enfermer leurs protagonistes dans la posture d'éternels opposants ultra-orthodoxes. Perdre son âme ou rater le train de l'histoire ? Tel est le dilemme bien terrestre des fondamentalistes religieux.

Plan de l'article

  1. Compromis ou compromission ?
  2. Gouverner n'est pas prier

© Altern. économiques, 2013

Pour citer cet article

Mens Yann, « Tunisie, Égypte, Mali, France : que veulent les salafistes ?(introduction au dossier) », Alternatives Internationales, 3/2013 (N° 58), p. 26-26.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2013-3-page-26.htm


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