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Alternatives Internationales

2013/3 (N° 58)


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Les Américains ont une jolie expression, tirée d'une chanson des années 1950, qui dit : "It takes two to tango" ("Il faut être deux pour danser le tango"). Car il y a des tas de choses dans la vie que l'on peut faire seul, explique la malicieuse ritournelle. Naviguer sur les mers, boire un verre, contempler la lune, dépenser des fortunes... Mais pour danser le tango, il faut être deux, et à l'unisson.

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Les diplomates se sont saisis de l'expression dans un registre moins poétique. Celui de la guerre et des négociations qui tentent d'y mettre fin. Car, hors le cas de la victoire écrasante d'un camp sur l'autre, il faut pour faire taire les armes que les deux volontés se rencontrent. De même d'ailleurs pour établir les conditions d'une paix vraiment durable lorsque les combats ont tout à fait cessé. Mais peut-on forcer quelqu'un à danser le tango ?

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À le danser vraiment, à le danser longtemps alors qu'il ne veut pas ? Non. Et même lorsqu'on est une grande puissance. Et même lorsqu'on est les États-Unis… Ainsi, Washington ne sait plus, depuis des années, par quel bout (re)prendre des négociations israélo-palestiniennes enlisées. C'est, rétorqueront certains, que ce conflit-là est trop ancien. Trop chargé d'histoire, de symboliques multiples, de dimension religieuse, etc…. Il l'est à coup sûr. Mais les autres aussi en regorgent, même si nous en sommes parfois moins conscients parce que nous ne les regardons pas d'aussi près. Du coup, toute puissance extérieure qui intervient dans la guerre d'autrui se trouve plongée à son corps défendant dans un imbroglio de contentieux anciens, de rivalités de toutes sortes (régionales, communautaires, personnelles…) dont elle ne détient pas toujours les clés de lecture. Au Mali, la France a pu présenter sa récente intervention militaire, sinon comme neutre, du moins dégagée des querelles internes au pays, puisque son seul but était d'éradiquer des groupes terroristes largement composés d'étrangers et de rétablir la souveraineté nationale. Si ces groupes cependant avaient pu s'implanter au nord du Mali depuis plusieurs années, ce n'était pas seulement par la force, mais aussi parce qu'ils avaient su tirer profit des clivages, des querelles de long cours qui divisaient la région, et au-delà le pays. En mettant le doigt, ou plutôt les armes, dans un terrain si politiquement miné, la France, quelles que soient ses protestations d'impartialité, fait inévitablement (et toujours consciemment ?) le jeu de certains acteurs contre d'autres. Ce qui du coup modifie les calculs de tous. Dans le sens de négociations ? D'une paix vraiment durable ? Ou vers la poursuite d'un long cycle de vengeances ? Si les Maliens eux-mêmes n'en ont pas envie, on voit mal comment la France pourrait leur faire danser le tango.


© Altern. économiques, 2013

Pour citer cet article

Mens Yann, « Tango malien », Alternatives Internationales, 3/2013 (N° 58), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2013-3-page-5.htm


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