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Alternatives Internationales

2013/6 (N° 59)


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Bachar al-Assad a bien ri. Il l'a confié à la charmante journaliste d'al-Manar, la télévision du Hezbollah libanais, toute de noir voilée, qui l'interviewait fin mai. Non, vraiment, la proposition de quitter le pays avec 500 personnalités de son régime et leurs familles, tous munis d'un sauf-conduit, l'a beaucoup amusé… C'est Moaz al-Khatib, le président (démissionnaire) de la Coalition nationale syrienne qui l'a lancée le 23 mai dernier, avant de quitter ses fonctions à la tête de l'opposition. Comme une dernière tentative pour donner une vraie chance à la "solution politique", c'est-à-dire à une négociation entre Syriens, en levant le préalable le plus épineux : le sort du tyran et de ses complices immédiats.

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Alors, rodomontades, cet amusement de Bachar al-Assad ? Pure forfanterie ? Il y a un an encore, beaucoup l'auraient pensé hors de Syrie surtout, car chacun attendait que le régime se fissure et finisse par imploser. Qu'un groupe de dignitaires, honteux des massacres dont ils étaient coauteurs et/ou soucieux de s'offrir une virginité pour sauver leur peau, finissent par renverser le tyran Bachar. Qu'un putsch en somme règle la crise syrienne. Oui, mais voilà, le coeur du réacteur a tenu. Des responsables de second rang, ou déjà marginalisés, ont bien pris la route de l'exil. Mais par peur ou par conviction, les vrais hommes forts du régime, ceux qui tiennent les services de sécurité et les troupes d'élite, des alaouites souvent mais pas seulement, sont restés jusqu'à ce jour autour de Bachar al-Assad. À force de tueries ciblées, perpétrées par les milices qu'ils arment, ils ont attisé au fil des mois dans la société syrienne les ferments de la haine entre communautés, suscité d'innombrables désirs de vengeance personnelle et familiale. Un savoir faire que le régime de Damas a eu le temps de peaufiner lorsqu'il occupait le Liban (1976-2005) et qu'il y divisait pour régner.

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Insuffisamment armée et peu organisée, divisée par les querelles idéologiques, les rivalités personnelles et de pouvoir, l'opposition a pu vaillamment résister, mais sans prendre l'ascendant. Ni empêcher la montée en puissance des jihadistes qui sont aujourd'hui les meilleurs alliés objectifs de Bachar al-Assad tant la perspective de leur victoire terrorise les minorités, mais aussi nombre de sunnites.

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Dans un tel champ de ruines, et alors que le régime regagne militairement du terrain, la "solution politique", pour improbable qu'elle soit, signifierait concrètement le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad, flanqué d'un gouvernement de coalition, à condition qu'il se trouve dans l'opposition des responsables prêts à une telle aventure. Nul doute, en tout cas : le président syrien et ses 500 amis, responsables d'un conflit qui a tué au moins 80 000 personnes depuis mars 2011, auraient encore ce jour-là du mal à cacher leur amusement.


© Altern. économiques, 2013

Pour citer cet article

Mens Yann, « Le rire de Bachar », Alternatives Internationales, 6/2013 (N° 59), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2013-6-page-5.htm


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