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Alternatives Internationales

2014/12 (N°65)


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Alors qu'aujourd'hui les rébellions musulmanes sont plutôt le fait des sunnites, au Yémen, c'est la minorité chiite qui mène la révolte. Plongeant ainsi un pays en pleine reconstruction politique, dans un conflit confessionnel auquel il avait jusqu'à présent échappé.

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Le Yémen va-t-il basculer à son tour dans une guerre confessionnelle ? Le 21 septembre dernier, le mouvement houthiste, une rébellion armée se revendiquant d'une branche du chiisme (le zaydisme), a pris le contrôle de Sanaa, la capitale du pays, alors que les deux tiers des Yéménites sont en principe sunnites. Comment expliquer une telle victoire ?

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Pendant plus d'un millénaire, les hauts plateaux du Yémen ont été gouvernés par un imam zaydite, mais la communauté a été marginalisée après la révolution républicaine de 1962 au Yémen du Nord (le Yémen du Sud était lui, jusqu'à l'unification de 1990, une république socialiste). Et au cours des décennies suivantes, cette identité s'est peu à peu effacée sous l'effet, entre autres, de l'enseignement promu par un régime qui veillait à faire converger les identités religieuses. Ainsi, une part significative des élites du Yémen du Nord, bien que d'origine zaydite, abandonnait ce référent confessionnel.

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Cet effacement n'a cependant pas affecté l'ensemble des zaydites. Dans les années 1990, un mouvement marginal de renouveau de cette identité se développe au nord-ouest, notamment à l'instigation d'un notable, Hussein Al-Houthi. Le mouvement houthiste prend une nouvelle ampleur après 2001 du fait de sa critique de l'alliance entre le président Ali Abdallah Saleh et les États-Unis. Cette opposition résolue à un pilier de la politique du régime provoque en juin 2004 une offensive militaire du pouvoir contre les houthistes qui débouche sur un conflit armé.

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En 2011, le soulèvement populaire contre le régime de Saleh, dans la dynamique des printemps arabes, et le repli de l'armée sur Sanaa qu'il provoque, permettent à la rébellion houthiste de prendre le contrôle effectif de régions septentrionales. Les rebelles, accusés d'être soutenus par l'Iran, s'alignent sur les mots d'ordre de justice et de renouveau des révolutionnaires. Les troubles politiques dans le pays en 2011 provoquent l'intervention diplomatique du Conseil de coopération du Golfe, lequel regroupe les monarchies de la région. Un accord négocié sous son égide met fin au pouvoir d'Ali Abdallah Saleh, en février 2012, et porte à la présidence Abd-Rabbo Mansour Hadi, chargé de conduire la transition. Cet accord institue un dialogue national entre l'ensemble des forces politiques du pays, dont le puissant parti Al-Islah, issu de la mouvance des Frères musulmans et adversaire des houthistes. Ce dialogue aboutit en janvier 2014 à l'adoption d'une série de conclusions qui doivent encadrer le processus de rédaction d'une nouvelle Constitution que les houthistes finissent par soutenir implicitement.

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Pendant cette période transitoire, le gouvernement intérimaire, financièrement aux abois, se révèle largement incapable de répondre aux demandes populaires exprimées en 2011. La décision de lever les subventions aux produits pétroliers au cours de l'été dernier, qui conduit au doublement des prix du carburant, génère un fort mécontentement populaire sur lequel les houthistes capitalisent. Alors qu'elle avait progressivement accru son emprise, la rébellion zaydite prend le contrôle de Sanaa en septembre, puis force le chef de l'État à former un nouveau gouvernement. Les gains politiques et territoriaux des houthistes s'expliquent par leur habileté mais trouvent aussi leur source dans l'appui prêté en sous-main par l'ex-président Saleh. Ce dernier reste dans le jeu politique en dépit des sanctions prononcées en novembre dernier par le Conseil de sécurité de l'ONU et semble disposé, par houthistes interposés, à écarter du pouvoir les islamistes d'al-Islah qui ont été à la pointe de la révolution de 2011. Sur le plan militaire, outre Sanaa, les houthistes se sont emparés en octobre de villes côtières et progressent vers le sud. Mais ils s'y heurtent à la résistance armée de membres de tribu sunnites, parfois alliés pour la circonstance à Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), implanté dans les régions méridionales. La polarisation confessionnelle, à laquelle le Yémen avait échappé, est aujourd'hui une menace bien réelle.


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Bonnefoy Laurent, « L'exception yéménite », Alternatives Internationales, 12/2014 (N°65), p. 17-17.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2014-12-page-17.htm


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