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Alternatives Internationales

2014/12 (N°65)


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Près d'un an après l'apparition des premiers cas en Guinée, l'épidémie de fièvre hémorragique Ebola se poursuit. Le virus, découvert dans l'ex Zaïre (RDC actuelle) en 1976, n'a pas connu de mutation significative, ses modes de propagation restant identiques : contamination à partir de réservoirs animaux (chauve-souris notamment), transmission par contacts rapprochés avec des sujets présentant les signes de la maladie, y compris après la mort, lors du toilettage rituel du corps des défunts (lire p. 18-19). Pourtant, alors qu'elle évoluait jusqu'en 2013 en petits foyers intermittents, l'épidémie a changé d'allure pour des raisons inexpliquées, s'étendant à bas bruit pendant les trois premiers mois de l'année 2014 puis s'accélérant, avec des moments de freinage suivis de reprises. Le cas numéro un, dit "cas index", était une petite fille vivant en Guinée, à proximité des frontières du Liberia et de la Sierra Leone, morte de la maladie en décembre 2013. La forte mobilité de la population vivant dans cette région ainsi que la densité démographique expliquent le profil épidémiologique nouveau de la maladie, celle-ci n'ayant été identifiée qu'en mars, suite à des échanges entre Médecins sans frontières (MSF), l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et les autorités guinéennes. Mais elle semblait alors contrôlable. Ce n'est qu'en mai, lorsque les cas se multiplièrent dans les capitales et les campagnes des trois pays atteints, que MSF jugea la situation catastrophique. Il fallut encore attendre août pour que l'OMS qualifie l'épidémie d' "urgence internationale", et septembre pour que le Conseil de sécurité des Nations unies s'en saisisse. On était passé d'un problème médical et humain à un enjeu de sécurité collective (c'est d'ailleurs un tel changement de statut qui permit dans le cas du sida la généralisation de l'accès aux antirétroviraux.) La lenteur de réaction de l'OMS a été pointée, à juste titre. Encore faut-il, pour en tirer des leçons constructives, en comprendre les raisons : la fièvre Ebola évoluait jusqu'alors en foyers localisés et fugitifs, image qui a fait inévitablement écran à la nouvelle allure de l'épidémie. Cette réalité, outre qu'elle rendait difficile toute tentative de recherche thérapeutique, reléguait aussi Ebola à un rang subalterne de priorité, derrière les "grandes tueuses" que sont le paludisme, la tuberculose et le sida.

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À ces causes justifiables, il faut en ajouter d'autres, plus politiques, appelant des réponses de fond : le désossement des administrations publiques, notamment sanitaires, imposé par les plans d'ajustement structurel des années 1990 à de nombreux pays en développement, et ce que l'on désigne habituellement par "mauvaise gouvernance", comprendre népotisme et corruption. Sous ces effets conjugués, les trois États africains concernés se sont distingués par leur inertie face à ce qui devenait, en juin, une catastrophe. Le bureau Afrique de l'OMS, miné par les mêmes maux, n'a pas fait mieux. C'est là qu'il faut chercher l'obstacle local majeur à une réaction précoce et adaptée. Vaccins et médicaments antiviraux ne seront pas disponibles avant des mois. Et nul ne peut prédire l'évolution de l'épidémie, qui freine à certains endroits (Liberia), s'accélère à d'autres. Il est cependant probable que les changements de comportements (crémation des cadavres, diminution des contacts physiques notamment) ainsi que les mesures d'isolement des cas suspects en ralentiront la progression. La fréquence des formes atténuées, non détectées, de la maladie et des porteurs sains du virus (de 45 à 70 % selon les études) jouera un grand rôle : plus elle est élevée, plus elle freine la progression. De plus, ces sujets, eux-mêmes immunisés, pourraient être mobilisés pour participer en toute sécurité à la prévention et aux soins. Ebola aura mis à nu l'état d'impréparation face à un phénomène qui ne peut que se développer, d'autres épidémies virales de ce type étant inévitables. Ebola devrait être à la sécurité sanitaire ce que Fukushima a été à la sécurité nucléaire. Au fait, quelles leçons a-t-on tiré de Fukushima ?

Notes

[*]

Centre de réflexion sur l'action et les savoirs humanitaires, de Médecins sans frontières : [msf-crash.org]


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Brauman Rony, « Symptôme révélateur », Alternatives Internationales, 12/2014 (N°65), p. 64-64.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2014-12-page-64.htm


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