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Alternatives Internationales

2014/3 (N° 62)


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À ce prix-là, il aurait mieux valu être franc depuis le début. Ne pas faire de déclarations définitives. Ne pas soulever d'espoirs inutiles. Il aurait mieux valu dire aux Syriens : "débrouillez-vous sans nous". Bien sûr, aucun homme politique occidental n'est venu proclamer que son pays s'engageait à renverser Bachar al-Assad. Mais du haut de leur grande puissance, estampillée Conseil de sécurité, les responsables américains et européens ont martelé que le tyran de Damas ne pouvait pas faire partie de la solution, qu'il devait partir. Puis ils ont voulu croire que le régime syrien était capable d'avaliser, dans une négociation à Genève, l'instauration d'un régime transitoire dont le dictateur serait exclu. L'ont-ils vraiment cru ? Ont-ils fait seulement semblant pour ne pas donner le sentiment que rien n'avançait ? Qu'importe. Ce qui compte, c'est que pour respecter leurs paroles définitives sur la sortie du bourreau, les puissances occidentales devraient en bonne logique, dès lors que la négociation est clairement enlisée, envisager la voie militaire. Pas celle de l'intervention directe. Mais l'armement de l'opposition.

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Il y a fort à parier pourtant qu'elles ne le feront pas. Car au fil des années, le paysage de l'opposition armée a changé en Syrie. C'est une loi des conflits : les combattants vont là où sont les armes, car c'est ce dont ils ont besoin d'abord pour affronter l'ennemi. Les mouvements dont les Américains et les Européens se sentaient idéologiquement les plus proches (ou les moins éloignés) en manquaient parce que leurs parrains les jugeaient mal organisés et redoutaient que des livraisons finissent entre les mains de groupes terroristes anti-occidentaux. Alors, les combattants sont partis ailleurs. Vers la galaxie incertaine des groupes radicaux d'inspiration religieuse, mieux dotés grâce à des soutiens dans le Golfe. Un camaïeu d'ailleurs, plutôt qu'une galaxie, tant les frontières d'une faction fondamentaliste à l'autre sont floues, tant les références vagues à la charia (loi islamique) permettent de rassembler des hommes sans entrer dans le détail des idées. Aujourd'hui, c'est cette nébuleuse, et surtout en son sein une coalition, le Front islamique, d'inspiration salafiste a priori, qui domine militairement l'opposition. L'objectif proclamé du Front est d'abord national, syrien. Ses diverses composantes ont d'ailleurs combattu l'État islamique en Irak et au Levant, formé surtout de combattants étrangers, qui maltraite les populations locales et voudrait imposer son hégémonie sur l'ensemble des groupes armés. Il n'est pas sûr que cela suffise à rassurer les chancelleries occidentales pour qu'elles voient dans le Front islamique un allié possible. Les Syriens se débrouillent sans nous. Et le résultat ne nous plaît pas.


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Mens Yann, « Qu'ils se débrouillent ? », Alternatives Internationales, 3/2014 (N° 62), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2014-3-page-5.htm


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