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Alternatives Internationales

2014/3 (N° 62)


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Les déclarations de chefs d'Etat entenduesà la mort de Nelson Mandela résonnent encore comme autant d'éloges vibrants et solennels rendus à un homme exceptionnel. Et ce n'est que justice, peu d'individus ayant rassemblé comme lui le courage physique, la hauteur de vue politique et le charisme. L'assistance apportée par des démocraties occidentales à l'État de l'apartheid jusque dans les années 1980, n'a guère été évoquée dans ces divers hommages rendus au dernier géant politique du XXe siècle. Leurs auteurs y auraient pourtant gagné en crédibilité politique. Car un autre Mandela est en ce moment enfermé, depuis 2002, et ces mêmes dirigeants seraient bien inspirés de faire le lien avec l'original avant que vienne le temps de l'ultime et vibrant hommage à un héroïque défunt. Il se trouve lui aussi aux côtés d'autres prisonniers politiques, dont certains sont détenus depuis plus de trente ans. Il est Palestinien, se nomme Marouane Barghouti et a été condamné en 2004 à cinq peines de réclusion à perpétuité assorties de deux peines de vingt ans pour attentats et appartenance à une organisation terroriste. Un assassin, donc ? Ni plus ni moins que Mandela. Comme lui, il a estimé que la résistance par les armes à un pouvoir injuste et violent était légitime. Tous deux ont été des dirigeants d'organisations recourant à la lutte armée et, s'ils ont condamné le meurtre de civils innocents, ils ont été l'un et l'autre, par leurs liens politiques, associés à des actes terroristes commis par leurs militants. Le Fatah, dont Barghouti était le secrétaire général en Cisjordanie, a longtemps prôné et pratiqué la lutte armée, et c'est Madiba, tel qu'était surnommé Mandela, qui a fondé la branche militaire de l'ANC. Rappelons que les deux derniers attentats commis par l'ANC (24 morts au total) datent respectivement de 1983 dans une rue de Pretoria, et 1985 dans une station balnéaire. Il s'agissait bien d'actes terroristes, comme en ont commis des Palestiniens. Effroyables, ils ne se comparent cependant que dans leurs apparences au terrorisme nihiliste de type Al-Qaïda, lequel fait de la destruction et du chaos la condition de sa conquête. Mandela, qui n'avait jamais accepté de renoncer à la violence en préalable de négociations, n'était en tout cas pas le Gandhi sud-africain qu'évoquait Benjamin Netanyahou dans son discours d'"hommage". Marouane Barghouti est l'auteur principal du Document des prisonniers, un programme politique rendu public en 2006, fédérant l'essentiel des forces palestiniennes, en particulier le Hamas, sur les bases internationalement acceptées d'un règlement du conflit. Un succès politique qu'il faut attribuer à un impressionnant parcours militant démontrant les qualités dont fit preuve Mandela dans des circonstances similaires. Sa dénonciation de la corruption et de la torture au sein de l'Autorité palestinienne n'est pas pour rien dans l'estime qui est accordée à Barghouti par la société palestinienne, et au-delà. Des personnalités politiques, jusque dans les rangs de Kadima, le parti fondé par Ariel Sharon, se sont d'ailleurs prononcées pour sa libération. Chef d'un État qui n'a jamais cessé de collaborer avec le régime d'apartheid sud-africain, et qui emprisonne à vie celui qui incarne la résistance à l'occupation et à l'apartheid de fait en Cisjordanie, Bibi ne pouvait manquer d'opposer l'un à l'autre. Mais les faits sont têtus et l'isolement d'Israël va croissant, la réprobation gagnant ses plus proches alliés. Les entreprises high-tech israéliennes situées dans les colonies de Cisjordanie et à Jérusalem-Est ne peuvent plus, depuis 2013, bénéficier de financements allemands et néerlandais ; le boycott par des institutions académiques, mais aussi financières et politiques, s'étend en Europe. Le premier des interlocuteurs palestiniens capables de négocier est en prison. Israël se trouve dans la situation de l'Afrique du Sud des années 1980. Mais Netanyahou n'est pas De Klerk, il ne sait pas que les meilleurs apartheids ont une fin.


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Brauman Rony, « Mandela en Palestine », Alternatives Internationales, 3/2014 (N° 62), p. 66-66.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2014-3-page-66.htm


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