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Alternatives Internationales

2014/3 (N° 62)


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Associer son nom à un nouveau compromis international sur le changement climatique aiderait sans doute François Hollande à entrer dans l'histoire. L'occasion se présentera en 2015, car la France accueillera la plus grande conférence internationale du quinquennat connue sous le nom de code de "COP 21". Il ne s'agit évidemment pas que d'une question de prestige pour Paris. L'enjeu est surtout de taille sur le fond et pour le monde entier, car le protocole de Kyoto, prorogé au sommet de Durban en 2011, arrivera à son terme et devra être remplacé par un autre. Mais lequel ? Et est-on même sûr de renouer le dialogue ?

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On peut en douter après l'échec de la récente Conférence de Varsovie et au vu du Sommet sur le développement durable de février dernier à New Delhi. Les principaux obstacles, dans les deux cas, sont venus des pays émergents, certains d'entre eux durcissant leurs positions dans un contexte de crise économique qui ne les incite pas à investir dans l'environnement aux dépens (pensent-ils) de la croissance.

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Certes, à Varsovie, c'est l'un d'entre eux, l'Afrique du Sud, qui a proposé un "cadre de référence pour l'équité" visant à inventer une clé de répartition définissant équitablement l'effort à faire entre pays riches et pays (plus ou moins) pauvres. Mais d'autres émergents, emmenés par l'Inde, ont objecté qu'il n'y avait rien à partager. Pour ces durs (Chine, Inde, Égypte, Pakistan, Thaïlande, Venezuela…), unis depuis 2012 au sein du "Like-Minded Developing Countries Group", c'est à l'Occident et au Japon de payer pour des siècles d'émission de gaz à effet de serre qui ont permis leur industrialisation. Eux ne veulent consentir aucun effort tant que ces pays riches ne financeront pas et ne leur donneront pas la technologie "propre" qui permettra de produire une énergie autre que celle des sources fossiles bon marché.

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Pour les plus radicaux, il faut rester fidèle au protocole de Kyoto dont l'annexe 1 n'inclut aucun pays dit "émergent" (et, a fortiori, pauvre) dans la liste des États appelés à réduire leurs émissions. Or aujourd'hui, ce raisonnement est intenable, car depuis Kyoto en 1992, un pays comme la Chine est devenu le premier émetteur de gaz à effet de serre dans le monde en volume global. Et d'autres pays, comme le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Inde ou la Chine, qui n'ont à respecter aucun objectif de réduction de leurs émissions dans le cadre de Kyoto, sont devenus de gros émetteurs, même si rapporté au volume par habitant, les pays riches restent loin devant. Pour amener les émergents à partager le fardeau, les Occidentaux, et singulièrement les Français en 2015, devront non seulement leur faire prendre conscience des risques qu'ils encourent (Bombay et Calcutta sont ainsi parmi les cinq villes les plus menacées par la montée des eaux), mais aussi mettre la main au portefeuille et réaliser des transferts de technologie. Y consentiront-ils ? La crise écologique n'a jamais autant fait figure de victime collatérale de la crise économique et la négociation été si près de l'enlisement final. D'autant que si certains pays prennent des initiatives nationales pour réduire leurs émissions (la Chine surtout, l'Inde bien moins), d'autres (comme le Canada) s'émancipent de leurs engagements internationaux, preuve que rien ne remplacera un cadre multilatéral contraignant. Quitte à ce que pour les émergents, il porte non pas sur le volume des émissions globales, mais sur une réduction de l'intensité carbone de leurs économies. Ces pays ne sont pas les seuls, cependant, à faire de la résistance. Ainsi, la Pologne refuse de souscrire à l'engagement de l'Union européenne visant à réduire les émissions de la région de 40 % à l'horizon 2030.

Notes

[*]

Association des amis d'Alternatives Internationales

http://alternatives-internationales.fr/page.php?rub=03&srub=11


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Jaffrelot Christophe, « Tous pollueurs, tous payeurs », Alternatives Internationales, 3/2014 (N° 62), p. 82-82.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2014-3-page-82.htm


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