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Alternatives Internationales

2014/6 (N° 63)


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Fini les immeubles et les ponts qui explosent, l'agent qui saute dans le vide depuis un hélico en feu, les créatures de rêve qui tentent de détourner l'incorruptible de la défense du monde libre… Dans les futurs James Bond, le spectateur regardera pendant deux heures un geek en CDD (horaires de bureau : 9 heures-18 heures) forcer laborieusement le réseau informatique d'une entreprise étrangère, tout en mâchouillant une pizza tiède. Le suspense et l'érotisme risquent d'y perdre… Mais c'est comme ça : l'espionnage, ou pour parler poliment, "le renseignement", change. Et devient au passage plus difficile à contrôler (lire p. 37-39). Certes, les actions commando et les "opérations homo" (pour homicide) n'ont pas disparu, la lutte antiterroriste ayant remplacé le combat contre l'Union soviétique. Mais pour le reste, les agents, leurs armes et leurs cibles ne sont plus vraiment les mêmes, mutations du monde obligent. Aujourd'hui, les agences de renseignement de certains pays, les États-Unis surtout, sont truffées de sous-traitants privés. Témoin, Edward Snowden. Juste avant de révéler l'étendue du filet d'écoutes lancé sur le monde entier par la NSA, l'agence américaine de renseignement électronique, l'informaticien, désormais exilé dans l'ex-URSS, travaillait pour Booz Allen Hamilton, l'une de ces firmes prospères (lire p. 28-29). Quant à ses homologues chinois, ils sont accusés par plusieurs pays occidentaux de ne pas respecter la vieille déontologie (présumée) des services : on espionne pour des impératifs de sécurité nationale, pas pour le business. Le 19 mai dernier, les États-Unis ont ainsi mis en accusation des militaires-hackers chinois pour avoir pénétré les réseaux informatiques de grandes entreprises américaines au profit de sociétés d'État de leur pays. Tout en niant, Pékin a fait remarquer que, selon les révélations de Snowden, la NSA elle-même a secrètement pénétré les réseaux d'une multinationale chinoise des télécoms, Huawei, soupçonnée de liens avec l'armée de son pays (lire p. 33). C'est que la frontière entre sécurité nationale et sécurité économique devient floue dans un monde où les rivalités entre puissances se sont largement déplacées du terrain militaire à celui des affaires. Compétition oblige, les entreprises investissent le renseignement. Et leurs ennemis ne sont pas toujours des rivales ou des hackers lointains, mais parfois des contestataires tout proches, militants pacifistes ou défenseurs de l'environnement, qui à coups de happenings pourraient ternir leur image de marque (lire p. 34-36). Pauvre James Bond ! Sera-t-il vraiment contraint de laisser tomber le costume pour le jean baskets, le Beretta pour le tract, et d'assister (sous une fausse identité mais sans cavalière attitrée) aux longues réunions d'un collectif écolo contre l'enfouissement des déchets nucléaires ? Seule une résurrection de Dr No pourrait le tirer de là…


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Mens Yann, « Les nouveaux espions tissent leur toile (introduction au dossier) », Alternatives Internationales, 6/2014 (N° 63), p. 27-27.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2014-6-page-27.htm


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