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Alternatives Internationales

2014/6 (N° 63)


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Ce que la crise économique a défait, Vladimir Poutine peut-il le refaire ?

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Ce que la crise économique a défait, Vladimir Poutine peut-il le refaire ? À son corps défendant, bien sûr… Puisse-t-il redonner un peu de volonté, d'énergie commune à l'Union européenne (UE) qui, au vu du résultat des élections au Parlement de Strasbourg, est d'humeur mauvaise, doute d'elle-même, n'a plus guère de projets. En déstabilisant l'Ukraine via ses sbires encagoulés, en massant des troupes régulières sur leur frontière commune, le président russe a réveillé des peurs qui étaient un peu endormies à l'ouest de l'Europe, beaucoup plus vives à l'Est forcément. Du coup, l'Europe de la défense revient sur le tapis des débats. Ne faut-il pas la relancer alors que les États-Unis semblent (provisoirement ?) réticents aux aventures militaires et plus tournés vers l'Asie que vers le Vieux Continent ? C'est une idée qui trouve des partisans en France surtout. Elle pose plusieurs questions. D'abord, comme le rappelle Nicole Gnesotto, titulaire de la chaire d'études européennes au CNAM, dans un livre aussi concis que lumineux  [1][1]  Faut-il enterrer la défense européenne ?, La Documentation..., il existe une division du travail : pour l'instant en tout cas, la défense du territoire européen relève de l'OTAN, l'UE ne s'occupe que des crises extérieures. Si l'on convoque l'Europe de la défense à propos de l'Ukraine, est-ce pour le cas échéant intervenir dans ce pays ? On ne sent d'appétence ni chez les gouvernements, ni chez les citoyens pour un tel scénario. Nous parlons donc d'un projet de plus long cours. Ensuite, il y a chez les partisans d'une défense européenne l'idée sous-jacente qu'il faudrait que l'Europe puisse être militairement plus indépendante des États-Unis. Il est vrai qu'aujourd'hui, comme l'a rappelé l'intervention franco-britannique de 2011 en Libye, elle ne peut se passer de moyens américains pour des opérations d'envergure. Oui, mais voilà, cela coûterait fort cher. Ce qui explique d'ailleurs que beaucoup de nos voisins européens se satisfassent de la protection américaine, quitte à ce que Washington donne le ton à l'OTAN. Les partisans d'une Europe de la défense, à droite comme à gauche, doivent donc expliquer à l'opinion quels efforts financiers (et donc quels sacrifices sur d'autres postes) seraient nécessaires pour concrétiser le projet. Certes, sur le papier, il serait possible de mutualiser les moyens au niveau européen, que chaque pays détienne à terme une partie de l'arsenal et des savoir-faire communs, mais cela supposerait que chacun du coup se place de fait en situation de dépendance vis-à-vis de ses voisins. Que la France (c'est-à-dire chacun de nous) fasse vraiment confiance pour les affaires militaires à la Grande-Bretagne, à l'Allemagne, à l'Italie, à la Pologne, à l'Espagne…, et inversement. Quelles que soient les inquiétudes que suscite Vladimir Poutine, on peut douter qu'elles nous aient déjà emmenés jusque-là.

Notes

[1]

Faut-il enterrer la défense européenne ?, La Documentation Française, coll. Réflexe Europe, 2014


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Mens Yann, « Poutine, moteur de l'Europe ? », Alternatives Internationales, 6/2014 (N° 63), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2014-6-page-5.htm


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