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Alternatives Internationales

2014/9 (N° 64)


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Dilma Rousseff ne peut se targuer d'un bilan aussi flatteur que celui de son prédécesseur. Mais une solide alliance politique, une opposition divisée, beaucoup d'opportunisme et un zeste de clientélisme devraient lui permettre de rempiler pour un second mandat.

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Comme tous les quatre ans depuis 1994, les élections générales brésiliennes (présidentielle, législatives et régionales) suivent de quelques mois la Coupe du monde de football. Après l'échec honteux de la seleçao en demi-finale alors même que le pays organisait la compétition, certains observateurs envisageaient de possibles retombées pour la présidente sortante Dilma Rousseff (Parti des travailleurs, PT, centre-gauche), candidate à sa réélection, le 5 octobre prochain. En réalité, c'est dans les indicateurs socio-économiques qu'il faudra chercher les clés du scrutin. Sur le plan économique, le bilan de Dilma Rousseff est difficile à défendre, surtout en comparaison avec son prédécesseur Lula (2003-2010). Durant les trois premières années de son mandat, le PIB n'a augmenté en moyenne que de 2 % par an (contre 4,6 % durant le second mandat de Lula). Et ce tassement se confirme malgré les politiques de relance et l'effet Coupe du monde. Selon les prévisions, la croissance ne devrait pas dépasser 1 % en 2014. La production industrielle vient de connaître la plus forte chute des cinq dernières années. Quant au solde de la balance commerciale, il a connu en 2013 son plus bas niveau depuis 2000. Même les investissements directs étrangers, dont le Brésil est très dépendant, sont repartis à la baisse.

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Néanmoins, les signes de fragilité et la montée des insatisfactions ne devraient pas déboucher sur une sanction du gouvernement sortant. Dilma Rousseff compte d'abord tirer les bénéfices électoraux des programmes sociaux de redistribution. La corrélation entre la géographie de la redistribution - en particulier de la Bourse famille - et la géographie du vote présidentiel avait été stupéfiante en 2006 (réélection de Lula) puis en 2010 (élection de Dilma Rousseff). Les montants de cette Bourse (qui compte 50 millions de bénéficiaires en 2014) ont précisément été augmentés de 10 % en juin dernier… Le PT pourra aussi s'appuyer sur une alliance avec huit formations politiques, dont le puissant Parti du mouvement démocratique brésilien, le mieux représenté à la Chambre des députés. Le temps de campagne télévisée des candidats étant calculé en fonction de la représentation parlementaire de la base alliée, Dilma Rousseff bénéficiera de 24 minutes quotidiennes, deux fois plus que le candidat du principal parti d'opposition Aécio Neves (Parti de la social-démocratie brésilienne, PSDB, centre-droit), tandis que les neuf autres candidats disposeront chacun d'une à quatre minutes. Enfin, sa réélection semble favorisée par la faiblesse de l'opposition. Au pouvoir entre 1995 et 2002, le PSDB n'est pas parvenu à se reconstruire depuis. Son candidat Aécio Neves (ancien gouverneur de l'État de Minas Gerais et sénateur) n'est soutenu que du bout des lèvres par son parti. Crédité de 20 % des intentions de vote au premier tour (contre 36 % pour Dilma Rousseff), il n'est pas assuré de se qualifier pour le second. La menace la plus dangereuse pour Dilma Rousseff provient de son propre camp. En septembre 2013, le Parti socialiste brésilien (gauche), allié historique du PT, quittait le gouvernement. Son président, Eduardo Campos (ministre sous le premier gouvernement Lula, entre 2004 et 2005), annonçait sa candidature à la présidentielle. Il souhaitait catalyser les déçus du PT, et proposer une troisième voie entre PT et PSDB. Il trouvait une alliée en la personne de Marina Silva. Militante historique du PT et ancienne ministre de l'environnement de Lula, elle s'était présentée contre Dilma Rousseff à l'élection de 2010 et avait recueilli plus de 19 % de suffrages. Crédité de 8 % des intentions de vote, Eduardo Campos est mort accidentellement le 13 août dernier. Marina Silva assume la candidature à sa place. Portée par une vague d'émotion, elle a été projetée en quelques jours au coude-à-coude avec Aécio Neves. Si la compétition entre les challengers pour accéder au second tour est ainsi relancée, les équilibres politiques qui se sont formés autour de Dilma Rousseff ne devraient pas pour autant être déstabilisés.


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Louault Frédéric, « Brésil : Dilma Rousseff sur la route de la réélection », Alternatives Internationales, 9/2014 (N° 64), p. 16-16.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2014-9-page-16.htm


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