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Alternatives Internationales

2014/9 (N° 64)


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Le plus surprenant, ce n'est pas l'attitude de Poutine. Qu'un ancien du KGB ait une volonté de puissance démesurée, des pulsions impériales pour lui-même et pour son pays n'a rien d'outrancièrement étonnant. Pas davantage qu'il soit prêt à employer tous les moyens pour parvenir à ses fins. Non, le plus déconcertant, c'est l'attitude des citoyens russes, ou du moins de ce qu'on peut en mesurer de loin, par les enquêtes d'opinion surtout. Depuis le début de la crise ukrainienne, la cote de popularité de leur président, qui était déjà très élevée, a encore fait un grand bond en avant. Bien sûr, on peut en partie expliquer ce soutien par la propagande que diffusent les grands médias russes contrôlés par le Kremlin, à commencer par la télévision qui, là-bas comme ici, est le principal canal d'information de l'homme de la rue. Reste que la Russie n'est pas technologiquement déconnectée du monde, que nombre de ses citoyens sont en outre polyglottes et qu'ils peuvent, s'ils le souhaitent, accéder, via internet, à d'autres sources d'informations. De même, trouvera-t-on dans les bouleversements et les traumatismes profonds subis par la société russe depuis l'éclatement de l'Union soviétique les racines de frustrations, d'un sentiment d'humiliation qui voit dans la politique étrangère poutinienne un début de revanche sur l'histoire, et aussi sur l'Occident, responsable présumé de ses souffrances, ce qui évidemment est bien pratique.

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Mais il n'y a pas dans l'attitude des citoyens russes à l'égard des événements en Ukraine qu'un désir mauvais d'en découdre, ou au moins d'en remontrer aux États-Unis, supposés tirer toutes les ficelles à Kiev. Leur attitude est aussi motivée par la conviction profonde que leurs "compatriotes" russes qui vivent à l'est de l'Ukraine sont en danger. Et Vladimir Poutine brandit régulièrement la responsabilité particulière de la Russie à leur égard en raison de l'appartenance à cette commune "patrie". Ce sont pourtant bien des citoyens ukrainiens qui vivent à Donetsk et à Lougansk. Pas des citoyens russes, même s'ils parlent souvent cette langue au quotidien et que leur patronyme hérité de leurs ancêtres a cette consonance. La patrie ainsi mise en avant n'existe donc que dans le passé, au temps où l'Ukraine actuelle était gouvernée, de force plus de gré, depuis Moscou. En 1991, les Ukrainiens, y compris ceux de l'Est, ont très massivement dit par référendum qu'ils voulaient être indépendants. Bien sûr, il est plus que légitime que les citoyens de Russie se préoccupent du sort de populations qui vivent aujourd'hui sous les bombes. Mais les mots ont un sens. Si en raison d'un passé commun, de liens multiples hérités de cette histoire, les Russes ne considèrent pas les Ukrainiens (ou des Ukrainiens) comme des étrangers, ce n'est pas pour autant à eux de décider à quelle patrie ils appartiennent.


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Mens Yann, « Russes un jour, russes toujours ? », Alternatives Internationales, 9/2014 (N° 64), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2014-9-page-5.htm


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