Accueil Magazines Magazine Numéro Article

Alternatives Internationales

2014/9 (N° 64)


ALERTES EMAIL - MAGAZINE Alternatives Internationales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de ce magazine.

Fermer

Article précédent Pages 56 - 56 Article suivant
1

L'adoption internationale est-elle en voie de disparition ? Au cours de la dernière décennie, le nombre d'adoptions a fondu comme neige au soleil partout dans le monde. Une baisse qui "est désormais structurelle en France et dans la plupart des pays d'accueil", note dans son dernier rapport la Mission de l'adoption internationale, l'autorité centrale française en la matière.

2

Comment en est-on arrivé là ? D'abord parce que les principaux pays donneurs ne le sont plus vraiment. Il n'aura échappé à personne que, si l'Occident ne sort pas du marasme économique, le reste du monde lui se développe et s'enrichit (même de manière très inégale). Conséquence logique, les abandons d'enfants, principalement motivés par des raisons économiques, sont plus rares. Mais cette baisse est surtout le fruit d'une plus grande régulation et réglementation, elle-même conséquente à de nombreux abus (vol et trafic d'enfants, corruption, etc.). Les États signataires volontaires de la Convention de La Haye, le texte de droit international qui fait autorité depuis 1993, sont toujours plus nombreux, à l'exception notable des États africains et du Golfe, encore réfractaires. Ce texte fait de l'adoption internationale l'ultime recours, "dans l'intérêt supérieur de l'enfant". Autrement dit, toutes les autres pistes (adoption par des proches, placement en famille d'accueil, adoption par des concitoyens) doivent avoir été creusées avant de déclarer l'enfant adoptable par des étrangers. Son application ne se fait pas sans difficultés, notamment dans les pays les plus pauvres comme Haïti (lire p. 58), mais il a le mérite de freiner les abus et de structurer la protection de l'enfance dans des pays où elle était politiquement défaillante, voire inexistante, comme en Chine par exemple (lire p. 59).

Les diplomates s'en mêlent

3

Car l'adoption est un phénomène éminemment politique. "Les décisions, dans les pays donneurs et les pays receveurs, sont prises au plus haut niveau de l'État, les rendant d'autant plus imprévisibles", constate au quotidien Geneviève André-Trevennec, responsable de la Mission adoption à Médecins du monde. Ainsi, elle est devenue une variable d'ajustement dans la réforme de la politique de l'enfant unique en Chine. Elle fait aussi l'objet de tractations diplomatiques (en France, elle relève du Quai d'Orsay) et de traités bilatéraux - comme récemment entre la France et la Russie -, de coopérations multilatérales au sein de la Conférence de La Haye, ou de décisions unilatérales. Comme la Colombie, gros pourvoyeur qui sans prévenir a décidé de fermer ses frontières pour les enfants de moins de sept ans.

4

À tous les niveaux, l'adoption n'est jamais anodine, elle soulève des questions de souveraineté nationale, bouscule les identités individuelles et les imaginaires collectifs, soutient Bruno Perreau, anthropologue du phénomène. Dans ce contexte, les parents candidats sont des pions, souvent laissés à eux-mêmes, malgré la myriade d'associations - souvent de très petites structures plus amicales que militantes. Le temps de la procédure s'est considérablement allongé, une dizaine d'années au minimum, contre moitié moins il y a dix ans. Les enquêtes sont de plus en plus fastidieuses, les normes physiques et économiques de plus en plus contraignantes et disqualifiantes (lire p. 62).

Le nourrisson est une exception

5

Des parents qui sont amenés à se battre pour un enfant qui ne correspond pas à leur idéal car l'adoption d'un nourrisson relève désormais de l'exception. La majorité des enfants sont dits "à besoins spécifiques", c'est-à-dire qu'ils ont plus de cinq ans, et/ou sont atteints d'une pathologie et/ou appartiennent à une fratrie. En 2013, en France, la majorité des 1 343 adoptés avait plus de trois ans, un enfant adopté sur cinq avait plus de sept ans, un quart était atteint d'une maladie physique ou psychologique. Un nouveau profil d'enfant auxquels les parents, qui souvent font le choix de l'adoption après une tentative de fécondation artificielle, donc par défaut, ne sont pas ou prou préparés (lire p. 61). À l'exception de Médecins du monde, les organismes autorisés pour l'adoption (OAA), des associations animées par des bénévoles, n'ont vraiment ni les moyens, ni la volonté, de faire ce travail de préparation, certains d'entre eux étant tellement petits qu'ils ne procèdent qu'à une ou deux adoptions par an.

6

Cet obscur horizon de l'adoption internationale ne signifie pas la fin de l'adoption. Car pour satisfaire le besoin d'enfants de leurs ressortissants, les grands pays d'accueil que sont les États-Unis, la France et l'Espagne n'ont qu'à relancer leur adoption nationale, comme la Convention de La Haye dont ils sont signataires, les y obligent en principe.

Plan de l'article

  1. Les diplomates s'en mêlent
  2. Le nourrisson est une exception

© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Monnerais Thomas, « La fin de l'adoption internationale ? (introduction au dossier) », Alternatives Internationales, 9/2014 (N° 64), p. 56-56.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2014-9-page-56.htm


Article précédent Pages 56 - 56 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback