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Alternatives Internationales

2014/9 (N° 64)


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Opération de police, guerre, représailles, quels que soient les termes appropriés pour qualifier la sanglante opération "Bordure protectrice", une chose est sûre : l'écrasante majorité des quelque 2 000 morts palestiniens sont des femmes, des enfants et des vieillards, à coup sûr des civils (1100 civils et 900 "terroristes"). Côté israélien, la justification est limpide : le Hamas utilise ses civils pour protéger son armée, alors qu'Israël utilise au contraire son armée pour protéger ses civils. Si les autorités israéliennes consentent à reconnaître l'existence de regrettables bavures - quelle guerre n'a pas ses dommages collatéraux ? -, elles imputent la responsabilité de la mort des innocents à l'ennemi palestinien. Rien de plus ordinaire, bien sûr, que le rejet de la faute sur l'adversaire, d'autant qu'il est factuellement exact que les groupes armés palestiniens opèrent en milieu civil, tirent leurs missiles, stockent des munitions et creusent leurs tunnels depuis des bâtiments publics ou à proximité d'écoles et d'hôpitaux dans un environnement densément peuplé. Face à cette situation, l'"armée la plus éthique du monde", comme elle aime se décrire, assure prendre toutes les précautions possibles, tels les avertissements par largage de tracts ou par appels téléphoniques pressant les habitants de quitter leur quartier avant un bombardement imminent. Notons ici que les guerres menées par l'armée israélienne sont décrites comme des opérations de police à grande échelle, menées contre des "terroristes" qu'il s'agit de détruire, non d'amener à une table de négociations. La bande de Gaza a été déclarée "entité hostile" en 2007, après être passée sous contrôle du Hamas. Dès lors, selon Tsahal et ses juristes, elle devenait une zone d'intervention légitime où tous les coups, ou presque, sont permis comme en témoignent les images de quartiers réduits à un amoncellement de gravats. Il s'agissait pourtant bien de "frappes chirurgicales", les cibles n'étant pas détruites au hasard mais visées avec les moyens hi-tech dont dispose cette armée ultramoderne. Si les trois quarts des victimes sont des civils, c'est en premier lieu parce qu'ils n'avaient nul endroit sûr où s'abriter, et non parce que le Hamas en faisait des boucliers en les empêchant de fuir, comme le prétendaient les porte-parole de l'armée israélienne. On entend juridiquement par boucliers humains des personnes emmenées ou maintenues sur des objectifs militaires dans le but de protéger ceux-ci contre des attaques. Cette pratique est prohibée par le droit international humanitaire, lequel n'autorise pas pour autant à faire d'une ville un champ de ruines, quand bien même elle abrite des ennemis.

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Gaza est une prison assiégée et le comble du cynisme consiste, pour les assiégeants, à appeler à fuir ceux-là mêmes qu'ils enferment. Au demeurant, il n'est pas plus raisonnable de demander au Hamas d'exposer, en les isolant, ses moyens et installations militaires qu'il ne le serait de demander aux Israéliens d'offrir obligeamment leurs propres installations militaires au ciblage de ses ennemis. État-major, casernes, entrepôts, en Israël comme ailleurs, sont fondus dans le tissu urbain. Il y a des guerres plus ou moins horribles, mais il n'y a pas de guerre propre. Les laboratoires militaires ne se découragent pas pour autant, ils ont mis au point ces dernières années une bombe présumée "propre", caractérisée par un rayon d'action de quelques mètres seulement, en dépit de sa forte puissance explosive. La Dense Inert Metal Explosive (Dime) ne projette en effet pas d'éclats mais des microfragments de tungstène et de cobalt dont la vitesse initiale élevée est freinée par l'air après quelques mètres. Mise au point par l'US Air Force, tirée par des drones ou des hélicoptères, cette munition a été utilisée par Tsahal au Liban en 2006 et à Gaza en 2009. Bien qu'elle provoque des lésions inopérables en raison de la pénétration de particules indétectables, ainsi que des cancers osseux et musculaires dus aux métaux lourds qui la composent, elle n'est pas interdite. Qui est le terroriste dans cette histoire ?

Notes

[*]

Centre de réflexion sur l'action et les savoirs humanitaires, de Médecins sans frontières : [http://msf-crash.org/]


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Brauman Rony, « La morale à zéro », Alternatives Internationales, 9/2014 (N° 64), p. 66-66.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2014-9-page-66.htm


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