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Alternatives Internationales

2015/3 (N°66)


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Les Israéliens se rendront aux urnes le 17 mars afin d'élire, pour la vingtième fois depuis la création de leur État en 1948, leurs 120 députés. Le choix qui se présente aux électeurs est clair. D'un côté, Nétanyahou, le premier ministre sortant au pouvoir depuis 2009, cherche à obtenir un troisième mandat consécutif avec ses alliés traditionnels de droite, le "Foyer juif" de Naftali Bennett et Israel Beitenou emmené par le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman. De l'autre côté, le tandem formé par Yitzhak Herzog, chef du parti travailliste, et la centriste Tzipi Livni propose une alternative politique de centre gauche pour mettre fin à la domination de la droite. Il n'est pas exagéré de dire que les Israéliens auront à faire un choix entre deux projets de société : avec Nétanyahou et ses alliés, c'est l'affirmation collective de l'identité juive de l'Etat qui sera privilégiée ; avec Herzog, c'est la facette démocratique de l'Etat qui sera renforcée.

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Le bilan du gouvernement sortant est mitigé. Sur le plan interne, ni la question du logement qui avait fait naître durant l'été 2011 un vaste mouvement de protestation sociale, ni celle de la pauvreté qui touche 20 % des familles, n'ont été traitées avec énergie. Sur le plan régional, la troisième offensive militaire contre le Hamas en juillet-août 2014 a sans doute rétabli temporairement la force de dissuasion d'Israël, mais n'a absolument rien réglé sur le fond. Le centre gauche a donc une carte à jouer, mais il sait que son succès est loin d'être assuré.

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D'abord, parce que l'ancrage d'une partie non négligeable de la société israélienne à droite est durable : l'écho que rencontre le nationalisme religieux d'un Naftali Bennett en témoigne. Ensuite, parce que le mode de scrutin à la proportionnelle intégrale - tempérée par un seuil électoral qui, en mars 2014, a été rehaussé à 3,25 % des suffrages - conduit à un émiettement des partis et oblige à de laborieuses négociations post-électorales. Autrement dit, le premier parti en nombre de sièges n'est pas nécessairement celui qui pourra constituer une coalition gouvernementale solide. Enfin, le contexte dans lequel se déroulera la campagne électorale pèsera. Si elle se tient dans le calme, sans attentats, le centre gauche sera avantagé ; si, à l'inverse, il y a du terrorisme et des tensions aux frontières, la droite qui prône sans relâche une politique de force sera favorisée.

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Quel que soit le vainqueur, il prendra la tête d'un pays qui - c'est sa force - est extrêmement dynamique. Le Fonds monétaire international prévoit pour Israël un taux de croissance en 2015 de 3 %, lié pour l'essentiel à l'économie high-tech. Israël dispose également d'un potentiel de gaz naturel offshore qui a commencé à être exploité et serait de l'ordre de 1 000 milliards de m³. Cette bonne santé économique va de pair avec une incroyable effervescence de la société civile : dans un pays d'un peu plus de huit millions d'habitants, on compte 30 000 associations ou ONG dans toute une variété de domaines : éducation, religion, social, droits de l'homme… Elles n'étaient que 3 000 au début des années 1980.

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Cette vigueur de la société est pour Israël un atout considérable qui permet de surmonter les difficultés politiques que le pays rencontre ; elle compense aussi un État qui ne fonctionne pas très bien et dont le système politique n'est pas performant.

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Quel que soit le vainqueur, il se trouvera face aux mêmes défis. Sur le plan interne, le logement et la pauvreté resteront prioritaires ; sur le plan régional, si face à l'Iran et à la montée du jihadisme, droite et centre gauche sont unis dans la fermeté, sur la question palestinienne en revanche, Herzog est, contrairement à Nétanyahou, soucieux d'une véritable ouverture diplomatique vers le président Mahmoud Abbas. C'est un espoir, limité sans doute, mais dont le Moyen Orient, meurtri par la violence, a cruellement besoin.


© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

Dieckhoff Alain, « Israël : le scrutin du changement ? », Alternatives Internationales, 3/2015 (N°66), p. 21-21.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2015-3-page-21.htm


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