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Alternatives Internationales

2015/3 (N°66)


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Les jihadistes sont ravis : nous avons peur. Peur, parce qu'ils tuent à Paris et à Copenhague, après avoir versé bien plus de sang encore à New York (2001), Madrid (2004) et Londres (2005). Peur, parce que leurs mises en scène macabres de décapitations et d'immolations, accessibles sur le moindre écran, nous terrifient. Et c'est bien le but. Ces exécutions n'ont généralement aucune "utilité" militaire. Seulement celle de nous persuader que leurs auteurs sont puissants. Les jihadistes tirent aussi profit de notre confusion intellectuelle, de notre imprécision trop fréquente à l'heure de distinguer les multiples formes que prend l'utilisation politique de la religion musulmane. Depuis l'islamisme qui accepte, même à reculons, de jouer le jeu démocratique des institutions comme en Tunisie, et le joue parfois fort mal comme en Égypte, jusques au jihadisme global d'al-Qaida ou de l'État Islamique (Daech, selon son acronyme arabe) qui vise officiellement à restaurer par les armes un califat transcontinental, en passant par tout un camaïeu de groupes dont le but est généralement national, à l'instar du Hamas en Palestine, et pas mondial. Dans ce vaste éventail, certains symboles parfois sont communs, certaines références similaires, certains mêmes penseurs mis en avant dans un flou intellectuel préoccupant. Et les complaisances à l'égard de la violence la plus radicale ne sont hélas pas toujours absentes.

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Pourtant, il faut faire cet effort de discernement pour déterminer les spécificités des groupes jihadistes les plus puissants auxquels le monde est confronté aujourd'hui. Et le monde musulman d'abord, puisque ce sont bien des musulmans qui sont les victimes les plus nombreuses de leurs atrocités, une réalité qui suscite d'ailleurs des divergences au sein de la mouvance . Cet effort de discernement n'est pas un exercice intellectuel en chambre, il a des implications politiques concrètes sur les méthodes qui peuvent être utilisées pour combattre ce péril, au vu de son ampleur réelle. Et partant, sur l'identification des moyens dont nous disposons (ou pas...) pour le faire. Nous devons donc essayer de comprendre ce qui motive ces groupes et leurs combattants , notamment lorsque ces derniers sont issus des sociétés européennes . Nous devons décrypter, au-delà de leur rhétorique apocalyptique, les buts concrets qu'ils poursuivent et qui ne sont pas tous les mêmes , leurs procédés qui ne sont pas si différents d'autres organisations, parfois simplement criminelles . Surtout, nous devons identifier les alliés de ces groupes jihadistes , qu'ils soient ponctuels ou durables, délibérés ou objectifs. C'est le plus important, car officiellement, certains de ces alliés, passifs au minimum, des jihadistes, sont aussi ceux des pays occidentaux. Simplement, de la Turquie au Pakistan, en passant par le Golfe, ces pays ont d'autres priorités, d'autres intérêts, d'autres ennemis à leurs yeux plus durables et donc plus inquiétants que ceux qui vu de Paris ou de Copenhague incarnent aujourd'hui la menace la plus terrifiante.


© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

Mens Yann, « La planète jihadiste (introduction au dossier) », Alternatives Internationales, 3/2015 (N°66), p. 27-27.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2015-3-page-27.htm


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