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Alternatives Internationales

2015/3 (N°66)


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artir en vacances est un acte militant. Telle est la promesse du tourisme équitable (lire encadré ci-contre), qui transpose le principe de la "rémunération juste" du commerce éponyme au voyage. Les touristes peuvent découvrir les pays du Sud sans participer malgré eux à l'exploitation des travailleurs locaux et sans avoir l'impression de cautionner la misère et les inégalités. Une façon de lutter contre les excès du tourisme de masse, tout en n'abandonnant pas des populations pour qui le tourisme peut être une importante source de revenus. "L'objectif principal est de faire en sorte que l'argent dépensé par le touriste favorise l'emploi digne et alimente réellement l'économie du pays visité, et pas les caisses des multinationales ou des intermédiaires", résume Bernard Schéou, auteur de plusieurs ouvrages sur l'éthique du tourisme équitable.

Un facteur d'inégalité

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Non lucratif, le tourisme équitable est porté par des voyagistes qui sont des associations et non des entreprises. En vendant des séjours organisés conjointement avec des acteurs locaux, celles-ci s'engagent à rémunérer dignement ceux qui accueillent et accompagnent les touristes sur place, mais aussi à favoriser l'autonomie des communautés locales à travers le financement de projets de développement . Cela a un coût. Avec des séjours type d'une valeur de 2 500 euros pour dix jours, l'offre équitable s'adresse prioritairement aux plus privilégiés.

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Ce n'est pas sa seule limite, ni son seul paradoxe. Il arrive que l'argent, censé bénéficier au plus grand nombre, ne profite en réalité qu'à quelques-uns - grands propriétaires agricoles, familles d'accompagnateurs ou de loueurs de voitures - souvent déjà parmi les plus aisés avant le développement du tourisme. De quoi augmenter les inégalités au lieu de les réduire. De plus, le tourisme équitable n'est pas forcément plus efficient que le tourisme conventionnel. "La ventilation des retombées économiques des différents types de tourisme au Maroc montre que la part du prix du séjour qui profite réellement à l'économie locale est quasiment similaire entre voyage solidaire et séjour en club", rapporte Gilles Caire, économiste du tourisme.

La France montre l'exemple

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Pour mieux faire correspondre discours et pratiques, les acteurs français du secteur tentent de mettre sur pied des labels, avec plus ou moins de réussite et d'exigence (lire ci-contre). D'autres, des ONG telles Fair Trade Tourism en Afrique du Sud ou l'Alliance européenne du tourisme responsable et solidaire (Earth) à Bruxelles, plaident pour sortir le tourisme équitable et solidaire de son carcan occidental. "L'idée de coopération Nord-Sud est constitutive du tourisme équitable", explique Caroline Mignon, directrice de l'ATES, une association de voyagistes français, "mais elle est à relativiser. De plus en plus de séjours sont organisés dans les pays d'Europe de l'Est, qui ne sont pas vraiment des pays sous-développés." En dehors de l'Europe - et singulièrement la France qui est à la pointe, le tourisme équitable peine à décoller. Dans les pays émergents, Chine en tête, où le tourisme est promis à un avenir radieux, il est encore largement méconnu. L'Amérique latine conduit ses propres expériences , pour l'implanter en milieu urbain. C'est n'est pas un hasard. Ce continent aux zones montagneuses habitées par des communautés rurales et reculées si prisées des voyagistes, a été le berceau des premières expériences de commerce équitable.

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"Le tourisme équitable n'est pas parfait mais il est vertueux", résume Bernard Schéou, . Il est sûrement plus pratiqué qu'on ne le pense. Les voyagistes n'en ont pas le monopole. Les amis, les couples et les familles qui refusent les voyages organisés, mais consomment localement, dorment chez l'habitant, entrent en contact avec la population et en découvrent la culture et le patrimoine sans l'abîmer, sont aussi, sans le savoir, des touristes équitables et solidaires.

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Article issu du dossier : http://www.alternatives-economiques.fr/tourisme-equitable---a-qui-profite-_fr_art_1350_71764.html Tourisme équitable : à qui profite le deal ?

Plan de l'article

  1. Un facteur d'inégalité
  2. La France montre l'exemple

© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

Monnerais Thomas, « Tourisme équitable : à qui profite le deal ? », Alternatives Internationales, 3/2015 (N°66), p. 57-57.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2015-3-page-57.htm


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