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Alternatives Internationales

2015/3 (N°66)


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Si la France a été choquée par l'attentat contre Charlie Hebdo, le Pakistan ne l'a pas moins été lorsque, le 16 décembre dernier neuf terroristes ont fait irruption dans une école destinée aux enfants d'officiers militaires et tué 134 élèves. La faction de Taliban pakistanais qui a revendiqué l'attentat l'a justifié par les souffrances infligées à ses propres enfants par les opérations de l'armée, à proximité de la frontière afghane.

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Loin d'être dissuadée de poursuivre cette lutte, l'armée pakistanaise a été confortée dans sa détermination. Son chef, Raheel Sharif, s'est même rendu à Kabul dès le 17 décembre pour renforcer la collaboration avec l'Afghanistan, sur le sol duquel se sont réfugiés depuis 2010 les Taliban pakistanais auteurs de l'attentat de Peshawar.

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Mais l'armée est aussi la gagnante de cet épisode d'une façon moins positive. D'abord, son autorité a grandi aux dépens du pouvoir civil. Sur un plan symbolique, dès le lendemain de l'attentat, les militaires ont pu faire valoir que non seulement les soldats mouraient au front, mais qu'en outre leurs enfants étaient pris pour cible. Plus concrètement, le 24 décembre, une conférence réunissant les chefs de tous les partis politiques, de l'armée et du renseignement militaire a élaboré un Plan d'Action National en 20 points dont le plus significatif remet aux tribunaux militaires l'instruction des procès pour terrorisme. La classe politique dépossède ainsi la justice civile, considérant qu'elle a échoué à faire rendre gorge aux terroristes. Mais est-ce la faute des juges si des accusés aussi célèbres que les auteurs présumés de l'attentat commis à Mumbai (Inde) en 2008 sont remis en liberté sous caution faute de preuve ? N'est-ce pas plutôt la faute des forces de sécurité qui refusent d'assurer la protection des témoins et des avocats, dont un bon nombre a déjà été assassiné ? Si l'armée ne veut pas que le procès des attentats de Mumbai ait lieu, c'est bien parce qu'ils appartiennent aux groupes jihadistes (tel le Lashkar-e-Taiba) qui aident le Pakistan à "saigner l'Inde", au Cachemire disputé entre les deux pays et ailleurs. Après la tragédie de Peshawar, les parlementaires ont même amendé la constitution pakistanaise pour protéger les tribunaux militaires d'un éventuel recours devant la Cour Suprême.

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Il y a pire encore. Sous le choc de la tragédie, des mouvements de citoyens se sont mobilisés de façon spontanée - et courageuse. À Islamabad, ils ont manifesté devant la Mosquée Rouge - haut lieu de l'islamisme qui avait déjà été au coeur d'une crise majeure en 2007 - pour protester contre les propos de son chef : celui-ci avait refusé de condamner la tuerie et de considérer les enfants de Peshawar comme des martyrs. La plainte qui avait été déposée contre lui n'avait été suivie d'aucun d'effet, les forces de sécurité répugnant à mettre en oeuvre le mandat d'arrêt. Abdul Aziz continue à délivrer son sermon du vendredi - par téléphone, grâce aux haut-parleurs d'une mosquée.

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D'autres islamistes agissent depuis le Pakistan, à commencer par le réseau afghan Haqqani et le LeT. En janvier, les Etats-Unis se sont félicités du fait que ces organisations avaient été interdites par le gouvernement pakistanais. En réalité, ce dernier n'a pris aucune mesure concrète contre eux. Il a juste affirmé qu'en tant que membre de l'ONU, le Pakistan était partie prenante de l'inscription de ces groupes sur la liste des mouvements terroristes… depuis 2008. Le fondateur du LeT, Hafiz Saeed a d'ailleurs confirmé qu'il n'y avait rien de nouveau pour lui. Et en décembre, son organisation a tenu à Lahore un rassemblement public de 400 000 personnes.

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Lors d'une allocution télévisée solennelle le soir de Noël, Nawaz Sharif a déclaré "Les atrocités de Peshawar ont changé le Pakistan", mais le sens de ce changement est plus qu'incertain.


Bibliographie

  • * http://alternatives-internationales.fr/page.php?rub=03&srub=11 Association des amis d'Alternatives Internationales

© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

Jaffrelot Christophe, « Toujours plus de pouvoir pour l'armée », Alternatives Internationales, 3/2015 (N°66), p. 82-82.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2015-3-page-82.htm


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