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Alternatives Internationales

2015/6 (N° 67)


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Le 31 mars dernier, une étape peut-être majeure pour la finance internationale a été franchie à Beijing : la liste des pays candidats au statut de membre fondateur de la Banque Asiatique d'Investissement en Infrastructures (BAII) a été arrêtée. Cette initiative avait été lancée par le Président chinois Xi Jinping en octobre 2013. Il s'agissait, officiellement, de mobiliser les capitaux nécessaires au développement des routes, chemins de fer, ports etc. dont l'Asie a besoin. Mais cette institution est aussi née de trois motivations moins avouables. Premièrement, la Chine voit en elle le moyen de financer des grands travaux qui permettrait de soutenir l'activité de ses grandes entreprises. Deuxièmement, ces travaux pourraient contribuer à la réalisation de la Nouvelle Route de la Soie que Xi Jinping appelle de ses voeux pour étendre l'influence de son pays vers l'ouest. Troisièmement, cette BAII est née du dépit suscité par le refus du Congrès américain de faire la place qui leur revient aux pays émergents au sein du système de Bretton Woods. En 2010, en effet, le Président Obama - comme tous les chefs d'Etat et de gouvernement concernés - avait accepté une réévaluation de la quote-part des pays émergents au FMI (Fond Monétaire International) qui refléterait le poids croissant des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) dans l'économie mondiale. La quote-part de la Chine (et donc ses droits de vote au Conseil d'administration du FMI) devait passer de 4 à 6,4 % du total, ce qui l'aurait placée juste derrière le Japon mais loin encore derrière les Etats-Unis. Au-delà, tous les BRICS (sauf l'Afrique du sud) auraient rejoint le "top ten" aux dépens, notamment, du Canada. Pourtant, et alors même que les États-Unis n'auraient vu leur quote-part diminuer que de 17,7 à 17,4 %, les Républicains ont refusé de ratifier l'accord signé par Obama, au grand dam des BRICS. Et notamment des Chinois qui ont donc pris l'initiative d'une BAII au pouvoir d'attraction croissant.

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En octobre 2014, 21 pays (principalement asiatiques) ont répondu à l'appel de Beijing lors du lancement officiel de cette nouvelle banque. Les États-Unis ont alors cherché à dissuader leurs alliés traditionnels de s'y rallier, arguant de ce que la BAII n'assortirait pas ses prêts de normes assez rigoureuses (respect de l'environnement, droit du travail). Passant outre, 14 pays européens - à commencer par la Grande Bretagne, suivie de la France et de l'Allemagne - ont rejoint la liste des pays fondateurs longue, maintenant, de 58 noms - dont l'Egypte, Israël, la Turquie, l'Arabie Saoudite et le Brésil. S'il s'agit d'un revers pour Washington, c'en est un aussi pour la cohésion de l'Union Européenne dont les États membres ont agi en ordre dispersé.

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Mais de quoi faut-il avoir peur ? Du non-respect des normes évoqué Outre Atlantique ? Certainement. Mais au-delà ? Cette BAII ne pèsera que 100 milliards de dollars, alors que la capitalisation de la Banque mondiale atteint les 220 milliards de dollars et celle de la Banque Asiatique de Développement (autre composante du système onusien) les 175 milliards de dollars. En outre, la Chine ne possédera que 49 % de la mise de fonds et donc des droits de vote. Certains Européens, accusés d'être allés à la soupe pour ne pas perdre des contrats en Chine, justifient leur désobéissance à Washington sur le thème du "mieux vaut influencer la conduite de cette banque de l'intérieur plutôt que de rester à l'écart".

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Certes, Beijing arrivera probablement à nouer les alliances qui lui permettront de jouir d'une coalition majoritaire au sein de la BAII. Mais ne pas jouer le jeu de cette initiative aurait été plus contre productif encore. Après tout, on ne peut ignorer le poids de la Chine. Et cette banque est peut-être une bonne façon de la convertir au multilatéralisme.


Bibliographie

  • * Association des amis d'Alternatives Internationales http://alternatives-internationales.fr/page.php?rub=03&srub=11

© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

Jaffrelot Christophe, « Rest In Peace Bretton Woods ! », Alternatives Internationales, 6/2015 (N° 67), p. 082-.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2015-6-page-082.htm


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