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Alternatives Internationales

2015/6 (N° 67)


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Les chiffres frappants ont la vie dure. Même s'ils ne sont pas vérifiés. Le 13 avril dernier, alors que le Parlement s'apprêtait à examiner le projet de loi sur la réforme de l'asile en France, le Figaro publiait un document présenté comme un "rapport explosif" de la Cour des Comptes sur le même sujet où celle-ci affirmerait que, malgré l'obligation de quitter le territoire français qui leur est notifiée, seul 1 % des déboutés sont effectivement éloignés. La quasi-totalité de ceux à qui les instances françaises chargées de traiter les demandes d'asile refusent le statut de réfugié resterait donc "en situation irrégulière en France". La Cour estimerait, poursuit le Figaro, qu'il faut "exécuter les obligations de quitter le territoire français". La dite Cour a sèchement regretté la publication de ce qui n'était visiblement qu'un document de travail. Et dont les estimations chiffrées étaient donc provisoires, d'autant que sur le sujet, elles ne paraissent pas faciles à établir. Cela n'empêche pas le fameux chiffre de 1 % d'être colporté.

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Quel que soit le pourcentage exact, la question des déboutés et de leur devenir mérite d'être examinée parce qu'elle éclaire la situation de milliers de migrants qui continuent de traverser la Méditerranée dans des barcasses surchargées. Si des candidats aux statuts de réfugié risquent mille morts pour venir déposer leur demande en France, ou dans un autre pays européen, c'est d'abord parce qu'ils ne peuvent pas le faire là où ils sont. C'est-à-dire dans le pays où ils sont persécutés ou surtout dans le pays, voisin souvent, où ils ont trouvé un premier abri précaire, à l'instar des 3,6 millions de Syriens répartis entre le Liban, la Turquie et la Jordanie. Les ONG qui s'efforcent de venir en aide aux migrants en perdition en mer réclament pour les demandeurs d'asile "des voies d'accès sûres et légales" à l'Europe. Longtemps, beaucoup d'entre elles ont été réticentes à ce que les demandes d'asile soient traitées par les pays européens directement dans le pays de transit des réfugiés, craignant qu'une telle procédure ne soit pas entourée de garanties suffisantes, qu'elle se traduise par un refoulement arbitraire en amont. La crainte est légitime. Mais face aux drames humains qui se déroulent sous nos yeux, certaines de ces ONG estiment que cette méthode doit être envisagée en l'assortissant de conditions rigoureuses. Elle supposerait de doter les consulats de moyens supplémentaires. Et elle ne garantirait pas que certains déboutés dans ces pays traversent la mer pour entrer clandestinement en Europe. Mais elle permettrait à beaucoup de savoir, sans avoir à mettre leur vie dans la balance s'ils sont, ou pas, susceptibles d'être reconnus réfugiés par un pays européen. "Mais vous allez créer un gigantesque appel d'air !" hurleront les sceptiques. Un appel d'air vers les consulats, ce serait très ennuyeux, bien sûr. Mais pas la mort au fond de l'eau ?


© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

Mens Yann, « Le compte est bon ? », Alternatives Internationales, 6/2015 (N° 67), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2015-6-page-5.htm


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