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Alternatives Internationales

2015/6 (N° 67)


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Si Cannes ou Berlin continuent d'oeuvrer pour le rayonnement cinématographique, de nouveaux festivals fleurissent, à l'initiative de pays peu réputés pour leur défense des libertés mais soucieux d'étoffer leur industrie. Les cinéastes engagés sont alors priés de rester loin du tapis rouge.

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Y a-t-il plus grande tribune pour un cinéaste interdit que de voir son film sélectionné à Cannes, à Venise ou Berlin ? La projection d'un film interdit ou censuré (Mystery, du Chinois Lou Ye à Cannes en 2012), une chaise vide lors d'une conférence de presse (l'Iranien Jafar Panahi à Cannes en 2011), l'absence lors de la remise de la récompense suprême (encore Panahi à Berlin en 2015) offrent incontestablement un fort retentissement aux films de réalisateurs dont la liberté est entravée. Même si ce retentissement ne se fait pas entendre du grand-public qui n'a pas grand chose à faire de l'avis des festivals, que le film soit chinois, iranien, turc ou américain.

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Pourtant, les festivals portent une attention particulière au cinéma du troisième monde. Il y a presque systématiquement, si ce n'est au palmarès, au moins dans les sélections officielles et parallèles, un représentant russe, chinois ou iranien. D'ailleurs, les régimes autoritaires peuvent être gênés aux entournures quand un dissident est récompensé, car il faut condamner mais dans le même temps se féliciter d'une victoire de la patrie.

Les petits festivals à la peine

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Mais outre la mise en lumière, les Festivals sont surtout des rouages essentiels de la circulation des oeuvres. Car pour les professionnels, l'enjeu n'est pas sur le tapis rouge mais dans les travées des marchés des films organisés concomitamment. C'est là que se négocient les accords de coproduction, où producteurs et distributeurs s'échangent les films. Si le dernier film de Jafar Panahi n'avait pas été sélectionné à Berlin en 2015, il n'aurait pas été vendu dans plus de trente pays. Cannes reste le plus important, mais la concurrence ne cesse de fleurir. Non seulement au Canada, où le Festival de Toronto s'affirme de plus en plus, mais surtout à Pékin, à Moscou, à Abu Dhabi ou encore à Dubai qui, ces dernières années, ont tous fondé leur propre festival et ouvert leurs marchés pour accompagner le développement de leur industrie du septième art. Les studios américains et les producteurs européens y sont accueillis à bras ouverts. Les stars souriantes aussi. Les cinéastes dissidents un peu moins...

Pologne interdite

Nous filmons le peuple ! C'est l'histoire d'un cinéma sous très haute surveillance. Dans les années 70, sous le régime communiste, des cinéastes polonais veulent montrer la réalité de leur pays. Toujours menacés par la censure, ils jonglent avec les interdits, tentent de se glisser dans les interstices du système autoritaire, cherchent le soutien de responsables plus éclairés pour porter leur regard critique. S'appuyant sur des archives inédites et des entretiens avec les acteurs de l'époque mais aussi sur des images de films de propagandes, Ania Szczepanska retrace dans ce DVD "Nous filmons le peuple !" leur combat méconnu.

(Aloest Distribution)

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L'autre écueil des grands festivals, c'est la propension à toujours sélectionner les mêmes cinéastes, laissant peu de chances aux premiers films en général. Et qui ne reflète pas la qualité ou la quantité de la production des pays frappés par la censure. Cette tâche incombe à des festivals forcément plus spécialisés et confidentiels, tels le festival Cinéma(s) d'Iran à Paris qui diffusent films officiels et interdits (lire ci-contre), le Festival des Droits de l'homme à Bayonne ou du court-métrage à Clermont. Nombre de ces petits festivals associatifs craignent pour leur survie. Manque chronique de moyens, baisse de fréquentation, annulation de subventions ont déjà eu raison en 2015 du Festival du film asiatique de Deauville, du Festival du film écologique à Bourges ou encore de Paris Cinéma, et en menacent bien d'autres. Autant de grands acteurs de la censure qui naissent, et de petits acteurs de la liberté de filmer qui disparaissent.

Plan de l'article

  1. Les petits festivals à la peine

© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

Monnerais Thomas, « Les festivals sont-ils des remparts contre la censure ? », Alternatives Internationales, 6/2015 (N° 67), p. 58-58.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2015-6-page-58.htm


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