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AuteurEl Mouhoub Mouhoud du même auteur
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2 Depuis le début des années 2000, le débat se focalise sur les délocalisations vers les pays à bas salaires susceptibles d’emporter l’ensemble des activités productives, y compris les services et la recherche et développement (R&D), et de détruire également des emplois qualifiés. Ce sujet est l’objet de controverses et de divorces entre les représentations médiatiques et les analyses des économistes. Il fait également l’objet d’une certaine instrumentalisation par les différents acteurs publics et privés.
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4 Il faut reconnaître que les analyses économiques apparaissent trop nuancées comparées aux discours simples véhiculés par les médias. Ainsi, à la question « la mondialisation détruit-elle nos emplois et nos exportations ? », la réponse de l’économiste est souvent ambiguë : « Elle détruit des emplois au niveau microéconomique et au niveau local (dans certaines régions) et plutôt à court terme, mais tout cela se compense au niveau macroéconomique et plutôt à long terme. » Il ajoute : « Rien de toute façon ne garantit que les emplois détruits par la délocalisation auraient survécu à la compétition internationale ! Si, du fait de la concurrence internationale, les emplois devaient disparaître, c’est que les structures productives ne sont pas adaptées face à la mondialisation. » Finalement, parce qu’il tient compte de la dimension temporelle, l’économiste anticipe les effets positifs, en retour, de la délocalisation : l’amélioration de la compétitivité, de la croissance, des firmes plus efficaces, plus performantes. Les emplois perdus vont alors renaître plus qualifiés, mieux rémunérés : c’est ce que l’on appelle la compensation.
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6 L’histoire économique le confirme : à long terme, la compensation se réalise effectivement comme l’ont montré les travaux de Charles Fourastié ou d’Alfred Sauvy. L’agriculture qui s’éteignait avec la révolution industrielle a été compensée par la montée de l’industrie puis des services.
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8 Mais ce raisonnement ne peut satisfaire complètement les travailleurs concernés par la délocalisation, ni les territoires spécialisés dans les secteurs sensibles à la délocalisation et les pouvoirs publics locaux. Leur horizon n’est pas le très long terme, mais le court terme. Scheve et Slaughter [2002][1][1] Les références entre crochets renvoient à la bibliographie...
suite ont bien saisi ce décalage de perception en mettant en relation le sentiment d’insécurité économique des travailleurs et la présence de comportements des employeurs jugés risqués en matière d’emplois et de salaires. Pour ces auteurs, les investissements directs à l’étranger (IDE) et la sous-traitance internationale (STI) peuvent être considérés comme des facteurs clés de l’insécurité économique « en rendant la demande de travail plus élastique ». Le problème est que cette perception, aussi compréhensible soit elle, ne signifie pas pour autant que les emplois détruits sont dus à la délocalisation. Et ce type de délocalisation est loin de couvrir toute la réalité de la mondialisation des entreprises.
9 Les firmes multinationales (FMN) constituent les acteurs principaux de la globalisation des économies à travers leurs stratégies de fusions et acquisitions (F&A), d’alliances stratégiques, de financement de leurs activités productives directement sur les marchés financiers internationaux. Le contexte de la mondialisation des entreprises est aussi celui de la diffusion des technologies de l’information et de la communication (TIC) et plus généralement de l’entrée des économies développées dans ce que l’on appelle l’économie du savoir ou de la connaissance [Foray, 2000]. La diffusion des TIC et les progrès dans les transports induisent des effets contradictoires sur la localisation des entreprises. Au premier abord, ils sont susceptibles de faciliter la dispersion des unités productives dans l’espace mondial en intégrant un nombre croissant de pays selon une logique d’exploitation des différences d’avantages comparatifs. Mais ils peuvent, théoriquement et dans les faits, contribuer à la polarisation des activités dans les pays (les régions) qui offrent des avantages technologiques et en capital humain. Selon les secteurs et les caractéristiques des filières de production, les forces de polarisation des activités l’emportent ou non sur les forces de dispersion.
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11 L’objectif de cet ouvrage est de clarifier les débats par une présentation des différentes logiques de la mondialisation des entreprises encore trop souvent confondues sous des dénominations communes telles que la « mondialisation » ou encore la « délocalisation ». Des travaux utilisant des bases de données individuelles de firmes permettent de mieux documenter la question de la mondialisation des entreprises et de ses effets sur le commerce international et l’emploi. L’analyse théorique est indispensable à la connaissance des déterminants et des formes que prend la mondialisation des entreprises selon les caractéristiques sectorielles, selon la spécificité de leurs actifs, en relation avec les problèmes d’information, d’opportunisme et des jeux stratégiques que les concurrents mondiaux mettent en œuvre, et selon, enfin, les avantages de localisation construits ou donnés des territoires.
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13 L’ouvrage analyse également les paradoxes de la mondialisation des entreprises et de ses effets : une part croissante du commerce mondial se fait à l’intérieur et entre ces firmes globales, une part importante et croissante des emplois est détruite et créée par ces firmes ; la croissance mondiale est de plus en plus tirée par les investissements que ces firmes réalisent. La mondialisation étant associée à la diffusion de l’économie du savoir, une place toute particulière est donnée au rôle du progrès technique, de l’innovation et du capital humain dans l’explication de ces paradoxes apparents. Cet ouvrage analyse aussi des phénomènes nouveaux comme les relocalisations industrielles, c’est-à-dire le retour dans les pays d’origine d’activités antérieurement délocalisées dans les pays à bas salaires.
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15 Deux parties composent cet ouvrage. La première propose une analyse empirique et une explication théorique du phénomène de mondialisation des entreprises et de ses déterminants. Le premier chapitre a pour objectif de définir, de documenter le phénomène de mondialisation en analysant l’évolution et l’interdépendance de ses différentes composantes (commerce, IDE, finance, technologie et migrations de travailleurs) ; le chapitre II mesure l’ampleur de la mondialisation des entreprises selon ses différentes logiques. Le chapitre III s’intéresse particulièrement aux délocalisations à la recherche de bas coûts de main-d'œuvre et à leur extension aux services et aux nouvelles technologies. Le chapitre IV passe en revue les différentes explications théoriques du phénomène de mondialisation des entreprises et de ses déterminants.
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17 La seconde partie s’intéresse aux effets de la mondialisation des entreprises. Le chapitre V analyse l’impact de la mondialisation sur l’emploi dans les pays industrialisés et réexamine l’efficacité des politiques publiques de lutte contre les délocalisations. Le chapitre VI analyse les conséquences de la mondialisation des entreprises sur le commerce et la spécialisation des nations. Enfin, le chapitre VII analyse la question de la mondialisation des activités de R&D et de connaissances en général et ses effets sur les spécialisations technologiques des nations et des régions.
DIPP Décomposition internationale des processus productifs
F&A Fusions et acquisitions
FMN Firmes multinationales
IDE Investissements directs à l’étranger
R&D Recherche et développement
STI Sous-traitance internationale
TIC Technologies de l’information et de la communication
Notes
[1] Les références entre crochets renvoient à la bibliographie en fin d’ouvrage.
POUR CITER CET ARTICLE
El Mouhoub Mouhoud Mondialisation et délocalisation des entreprises, La découverte « Repères », 2008 (2e ed.), p. 3-6.
URL : www.cairn.info/mondialisation-et-delocalisation-des-entreprises--9782707153517-page-3.htm.




