Annuels 2009
Regards sur la Terre 2009
2009
300 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782724610918
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3. Les repères du développement durable - Innovations

Vous consultezONG. L’autre mondialisation

AuteursPierre Jacquet



La société civile a émergé d’abord dans quelques pays, puis dans l’ensemble des pays développés, avant de s’étendre à partir des années 1980 presque partout dans le monde. Elle a participé du mouvement global de mondialisation et d’échanges des marchandises, des biens, des capitaux mais aussi des idées et des informations.

2 Une présence mondialisée. Si les tissus associatifs et civiques varient beaucoup selon les pays, la fin du xxe siècle a vu l’émergence de réseaux transnationaux, réunissant tous les acteurs non gouvernementaux, non marchands et non familiaux intéressés par les grandes questions globales : les droits de l’homme, l’environnement, la santé, la justice sociale ou le développement.

3 Les grandes ONG internationales – comme Oxfam, Greenpeace ou le WWF – figurent parmi les organisations les plus connues et les plus visibles de cette altermondialisation. Mais le mouvement est plus vaste encore. Alors que les Nations unies ne dénombraient qu’un millier d’organisations de citoyens transnationales en 1914, elles étaient treize fois plus nombreuses en 1981 pour atteindre près de 50 000 aujourd’hui. Le nombre de ces organisations reconnues comme observateurs par le Conseil économique et social des Nations unies (Ecosoc) a suivi une progression similaire.

4 Leur influence est souvent mesurée en fonction de leur impact sur les grandes institutions internationales comme l’OMC, le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale. Mais si des événements comme la manifestation qui a rassemblé 50 000 personnes issues de 500 regroupements différents contre la conférence ministérielle de l’OMC à Seattle en 1999 ont marqué la mémoire collective, l’essentiel de l’influence des ONG est ailleurs.

5 Leur principal rôle depuis leur apparition sur la scène internationale a été de faire émerger de nouveaux sujets de débat, de poser de nouvelles questions, de rendre politiques et internationaux des problèmes jusqu’alors jugés inexistants ou relevant de la souveraineté des États. En ce sens, les ONG se sont révélées de véritables élaborateurs de questions globales, tirant leur légitimité notamment de leurs relations avec les communautés locales dans les pays en développement.

...
Des acteurs de poids

6 La force du réseau. Ce qui fait la force d’organisations comme Oxfam, Greenpeace ou le WWF, c’est leur capacité à mobiliser l’opinion publique dans plusieurs pays autour des mêmes questions, à coordonner des campagnes, à produire une expertise indépendante, voire à mener des actions de terrain, pour obliger les politiques à se positionner à leur tour dans le débat. C’est l’engagement permanent de Greenpeace contre la chasse des baleines, d’Oxfam pour la réforme de la politique agricole commune, du WWF pour la création d’aires protégées et la protection des espèces menacées qui contribue au maintien de ces questions sur l’agenda international. Les campagnes menées pour l’accès aux traitements du sida depuis 1999 ont amené l’OMC à reconnaître des exceptions sanitaires aux brevets sur les médicaments, les pays développés à créer le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (lire repère 16) et les grands laboratoires à baisser le prix du traitement des malades dans les pays en développement. De la même manière la pression organisée par l’Alliance mondiale contre la pauvreté dans 72 pays a sans doute participé aux engagements pris au G8 de Gleneagles en 2005 en faveur de la diminution de la dette des pays en développement, de la lutte contre la pauvreté et du développement du continent africain. Née au Forum social mondial de 2005, la campagne mondiale Controlarms s’applique quant à elle à faire avancer la régulation mondiale concernant la limitation des armes légères et des mines antipersonnel à fragmentation. En 2008, les premiers pas vers un traité international sur les armes classiques ont été effectués.

7 Forts de cette capacité de mobilisation, les réseaux de la société civile mondiale surveillent la mise en œuvre des engagements pris par les gouvernements et les institutions internationales. Ils jouent aussi un rôle important de diffusion de l’information sur la situation dans les États autoritaires et soutiennent les mouvements de revendication des droits politiques et sociaux dans beaucoup de pays. On lie ainsi souvent l’émergence de la société civile mondiale en réseau avec la chute du mur de Berlin ou la démocratisation de l’Amérique latine dans les années 1980.
Reste la difficulté à réellement représenter les populations du Sud et leurs attentes : longtemps, les grands réseaux sont restés dominés par les organisations européennes ou nord-américaines qui les ont initiés et ont reflété leurs valeurs. Face au renouvellement des enjeux globaux, ces réseaux s’efforcent aujourd’hui de participer à l’émergence d’organisations partenaires dans les pays émergents et en développement, capables de médiatiser leurs propres inquiétudes, valeurs et propositions. L’organisation de forums sociaux mondiaux au Brésil, en Inde et en Afrique témoigne de cet effort.

L’histoire d’un moyen de pression
1775. Apparition des associations cherchant à influencer la prise de décision politique pour abolir la traite des esclaves : Société de Pennsylvanie, Société des amis des Noirs.
XIXe siècle. Multiplication des unions publiques internationales : Convention mondiale contre l’esclavage (1840), Association internationale des ouvriers (1864), Fédération internationale de la Croix-Rouge (1863), Association internationale de droit (1873).
1910-1918. Participation d’ONG, avant et pendant la première guerre mondiale, à la création d’une institution intergouvernementale pour le maintien de la paix.
1922. L’Union interparlementaire et la Ligue de la Cour mondiale permettent la mise en place de la Cour permanente de justice internationale.
1935-1944. La participation des ONG aux travaux de la Société des Nations se renforce jusqu’à ce que ses activités deviennent régulières. La seconde guerre mondiale freine leur participation.
1938. 8e conférence inter-américaine de Lima : développement d’ONG de protection de la nature.
1945. L’article 71 de la Charte des Nations unies prévoit que le Conseil économique et social des Nations unies (Ecosoc) puisse consulter « les ONG concernées par des sujets sur lesquels elles sont compétentes ».
1951. Participation des ONG à la Conférence pour la convention des réfugiés.
1954. Participation des ONG à la Conférence des Nations unies sur la convention supplémentaire pour l’abolition de l’esclavage.
1954. Les ONG environnementales soutiennent la rédaction du Traité sur la pollution marine.
1964. La Commission des droits de l’homme des Nations unies commence à tenir compte des commentaires des ONG.
1969. Les ONG environnementales condamnent les essais nucléaires américains dans les îles Aléoutiennes.
1972. Conférence des Nations unies sur l’homme et son milieu : 113 gouvernements et 225 ONG sont représentés.
1987. Les ONG interviennent lors de la session plénière de la Conférence sur le protocole de Montréal pour la protection de la couche d’ozone.
1992. 17 000 représentants d’ONG participent au Sommet de la Terre de Rio, où elles sont reconnues officiellement comme parties prenantes ; 1 400 sont membres de délégations gouvernementales.
1995. 35 000 représentants d’ONG participent à la 4e Conférence mondiale sur les femmes ; 2 600 sont membres de délégations gouvernementales.
1996. Révision du statut des ONG à l’Ecosoc, sans améliorer leur représentation ou leurs droits sous la pression de beaucoup de gouvernements.
1997. Le Traité interdisant les mines antipersonnel puis la création de la Cour internationale de justice sont des grandes victoires des ONG. La coalition mondiale Jubilee 2000 se fixe comme objectif d’éliminer les dettes des pays pauvres avant l’an 2000.
1998. La mobilisation des ONG favorise l’abandon des négociations sur l’accord multilatéral sur l’investissement.
1999. Les ONG mobilisent 4 000 manifestants contre la conférence ministérielle de l’OMC à Seattle.
2001. Premier Forum social mondial de Porto Alegre.
2003. Première manifestation mondiale contre la guerre en Irak. Kofi Annan met en place un Groupe de personnalités éminentes sur les relations entre la société civile et les Nations unies.
2005. L’Alliance mondiale contre la pauvreté réunit 150 millions de signatures venant de 72 pays demandant aux pays riches d’agir contre la pauvreté. Le G8 de Gleneagles prend des engagements sans précédents.
2007. Lancement d’Avaaz, la première organisation dédiée aux campagnes mondiales par internet.
Février 2008. Première réunion du groupe d’experts gouvernementaux pour l’élaboration d’un traité international sur le commerce des armes classiques, en réponse à la pression exercée par la campagne internationale Controlarms depuis 2005.

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Regards sur la Terre 2009

POUR CITER CET ARTICLE

« ONG. L'autre mondialisation », in Regards sur la Terre 2009, Presses de Sciences Po, 2009, p. 270-271.
URL :
www.cairn.info/regards-sur-la-terre-2009--9782724610918-page-270.htm.