DOI : 10.3917/arss.184.0038.
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| L'enracinement social de la mortalité routière par Matthieu Grossetête |
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AuteurMatthieu Grossetête du même auteur
Résumé
Aucun chiffre officiel en France n’établit de corrélation entre le fait de mourir sur la route et le milieu social alors que ce lien existe pourtant bel et bien. L’absence remarquable de données sur la profession des tués de la route entretient l’idée, largement reçue, que perdre la vie ou se blesser au volant serait lié au seul hasard des déplacements individuels et que nous serions, à l’exception des jeunes hommes, tous égaux devant la mortalité routière. Pourtant, la mortalité routière ne frappe pas au hasard. Les conducteurs appartenant à la catégorie des ouvriers affichent une surmortalité relativement stable dans le temps pendant que les cadres sont sous-représentés dans les accidents mortels. Tandis que les plus démunis meurent sur les routes dans l’indifférence collective, le fait social n’est pas construit comme un problème public. L’enjeu n’est rendu visible que sous une forme particulière, vidée de son contenu social, au prisme de la seule responsabilité personnelle du conducteur.
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There are no official statistics in France establishing a correlation between road fatalities and social origins, while this correlation is demonstrably objective. The remarkable absence of data about the occupation of victims of road accidents contributes to giving credit to the commonplace idea that getting injured or dying in a road accident is only related to the haphazard nature of individual mobility and that with the exception of young men, we are all equal in terms of road mortality. Yet, road mortality does not occur randomly. Working class drivers are over-represented among those who die on the road while drivers from the upper middle class are under-represented. And while the poorest die on the road amidst collective indifference, the social fact of road mortality is not viewed as a social problem. Rather it is made visible only as an issue emptied from its social content and viewed through the prism of the driver’s individual responsibility.
No hay en Francia ningún dato oficial que establezca una correlación entre el hecho de morir en la carretera y el medio social, cuando en realidad existe efectivamente asociación entre las dos variables. Por añadidura, faltan datos sobre la ocupación de las víctimas mortales de accidentes de circulación, lo que alimenta ideas muy generalizadas, a saber, que perder la vida o resultar herido estando al volante sería algo relacionado únicamente con las azarosas circunstancias de los desplazamientos individuales, y que todos –con excepción de los hombres jóvenes– estarían en igualdad de condiciones ante la mortalidad vial. Sin embargo, la mortalidad vial no golpea al azar. Cuando se trata de accidentes mortales, se observa una sobrerrepresentación, relativamente estable a lo largo del tiempo, de conductores que pertenecen a la categoría socioprofesional de los obreros; en cambio, los sectores sociales más altos se encuentran subrepresentados. Mientras las personas más desfavorecidas mueren en las carreteras en medio de la indiferencia colectiva, el hecho social no se construye como un problema de índole pública. Los riesgos que se corren sólo se perciben en una determinada forma, desprovista de contenido social y presentada única y exclusivamente a través del prisma de la responsabilidad personal del conductor.
PLAN DE L'ARTICLE
- Les décès routiers saisis par l’État
- Inégaux face aux accidents corporels de la circulation
- Du problème public au fait social
- Les divisions sociales de l’espace
- Précarisation des classes populaires et mortalité routière



