Indiens de Moshi, porteurs d’urbanité ?
Gaëlle Brient
Diverses façons de vivre et de percevoir l’espace de vie émanent de réflexions autour de la ville. Les comportements des familles d’origine indienne posent des questions particulières au sein de la population de la ville de Moshi, en Tanzanie, ville moyenne, située sur le piémont du Kilimandjaro. Les Indo-Tanzaniens constituent une minorité de sa population, comme dans de nombreuses villes d’Afrique de l’Est. Comment cette minorité s’inscrit-elle dans l’espace de la ville et dans sa vie économique ? Dans quelle mesure s’y intègre-t-elle des points de vue spatial, socio-économique et identitaire ? Les Indo-Tanzaniens mettent en valeur une citadinité qui se détache de celle des Chagga, ethnie majoritaire, et autres Tanzaniens. Les formes d’« urbanité » construites par ces populations, le vécu des personnes, permettent de comprendre ce qui fonde leur rapport à l’espace. L’analyse se détaille en quatre points : tout d’abord l’histoire de la présence indienne à Moshi explique les conditions de leur expérience urbaine : l’appropriation géographique par leur inscription dans les quartiers et économique par le commerce. Ensuite, leur attachement à la ville est empreint de nostalgie et met en perspective des réseaux socioculturels sous-jacents. Enfin, l’aspect communautaire est prégnant dans les processus d’intégration à la ville et d’adaptation à la culture locale.Mots-clés :
Tanzanie, Moshi, ville moyenne, espace vécu, espace de vie, urbanité, communauté, intégration, réseau.
Have the Indian families in Moshi town a being urban behaviour ? Urban issues ask different ways of living and perceiving space. Indian families’ behaviour represents specific items beyond the population of Moshi, a middle scale town in Tanzania. Moshi is located on the slopes of Mount Kilimanjaro. The Asians are one of its minorities, as they are in several East African towns. Can we talk about a specific geography for the Asian community in the town ? How are they integrated in term of space, socio-economic matters, and identity ? The Indians have a different experience of the town compared to the Chagga and the other Tanzanians. This article focuses on specificities of being urban, in the aim to understand links between people and space in this context. It contains four main research points : the history of Asians in Moshi explains their urban condition : the way they are settled and involved in business activities. Their emotional link with the town is stamped with nostalgia and shows social and cultural networks. At last, the community based organisation has big influence in the processes of integration to the town and adaptation to the local culture.Keywords :
Tanzania, Moshi, middle town, being urban behaviour, urban space, community, integration, network.
• L’histoire de la présence indienne et les conditions d’une expérience urbaine
— Aux origines des migrations
— L’installation des migrants à Moshi
— Des pouvoirs économique et commercial
— Les rapports entre communautés : Indiens, Africains, colons blancs
— Retour sur la « question indienne » en Afrique de l’Est
• L’appropriation géographique de Moshi
— Les professions, leurs inscriptions économique, sociale et culturelle dans le paysage urbain : les marqueurs
— La ségrégation socio-spatiale : la création d’un quartier indien et son évolution, les lieux à travers les discours
— L’inscription d’une centralité dans l’espace
— Les Indiens ont-ils encore aujourd’hui une identité spatiale à Moshi ?
• Les paradoxes de l’attachement à la localité
— Comprendre le rejet vécu par la population en expliquant les contextes historique et politique
— Des discours empreints de nostalgie
— Un réseau socio-culturel fort
• L’importance de la communauté dans les processus d’adaptation et d’intégration
— Le découpage communautaire à travers la présentation de la communauté des Jaïnistes
— L’endogamie
— L’adaptation progressive des familles qui restent à Moshi aujourd’hui témoigne-t-elle d’une véritable intégration ?
• Bibliographie