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| Regard sur la naissance d'un militantisme identitaire : syndicalisme judiciaire, identités professionnelles et rapport au politique dans la magistrature française par Joël Ficet |
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S'inscrire Alertes e-mail - Droit et société Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezRegard sur la naissance d’un militantisme identitaire : syndicalisme judiciaire, identités professionnelles et rapport au politique dans la magistrature française
1945-1986AuteurJoël Ficet du même auteur
Centre de Recherche et d’Intervention Sociologiques, Institut des Sciences Humaines et Sociales, Université de Liège, Boulevard du Rectorat 7, Bât. B31, B-4000 Liège. <joel.ficet@ulg.ac.be>Joël Ficet est chercheur au Centre de recherche et d’intervention sociologiques (CRIS) de l’Université de Liège. Ses travaux portent sur le syndicalisme judiciaire en France, les réformes de l’organisation judiciaire et le management public. Il mène actuellement dans le cadre du CRIS un projet de recherche sur le thème « Réformes de l’organisation judiciaire et régulation managériale en Belgique ». Il a publié récemment :
— « Modernisation de la Justice ou pédagogie du changement. Le cas de l’intégration de "conseillers en ressources humaines" dans les juridictions belges » (avec David Delvaux),
— « Le management fait-il sens pour les magistrats ? Sur l’hypothèse d’un "archaïsme" de la magistrature en Belgique »,
Résumé
Le développement du syndicalisme judiciaire en France ne peut être interprété uniquement sous l’angle de la défense d’intérêts corporatistes ou comme la conséquence d’une évolution socio-économique de la magistrature. De fait, les syndicats judiciaires ont mis dès leur origine la réflexion sur l’identité du corps au cœur de leur action. Ces organisations sont donc analysées ici comme des entreprises de production de modèles identitaires et comme des appareils de socialisation à ces modèles. Le succès de mouvements comme le Syndicat de la magistrature ou l’Association professionnelle de la magistrature a tenu à leur capacité à fournir des référents identitaires et des espaces de sociabilité alternatifs face à une institution conservatrice et/ou à un pouvoir politique hostile.
Identité professionnelle – Institution judiciaire – Magistrature – Mouvements sociaux – Professions juridiques.
Insights on Identity-based Activism: Unionism, Professional Identities and Politics in the French Judiciary 1945-1986
The emergence of labor unions in the French judiciary after the Second World War has often been construed by sociologists either as a natural consequence of socio-economic factors or as a strategy to promote professional interests. Without altogether rejecting such arguments, this article argues, however, that these unions are best understood and analyzed as both “identity entrepreneurs” and socialization agencies. The success of these movements is related to their capacity to produce among the younger judges new identity frameworks and autonomous spheres of interaction vis-à-vis a conservative institution – the French Judiciary – and/or hostile governments unwilling to grant the judges too much autonomy.
Judiciary – Justice – Legal professions – Professional identity – Social movements.
Introduction
Le rapport au politique reste aujourd’hui, dans l’identité professionnelle de la magistrature française, un enjeu d’une grande acuité. Il est, en effet, encore largement admis que le juge trouve sa grandeur et sa légitimité à dire le droit dans sa distance vis-à-vis de toute idéologie et de toute affiliation partisane. Les autorités exécutives n’hésitent d’ailleurs pas à rappeler périodiquement cet impératif, comme l’illustre la convocation, au mois d’août 2007, du vice-procureur de Nancy par la garde des Sceaux Rachida Dati, au motif que celui-ci avait critiqué un projet de loi relatif à la récidive. Mais l’indignation exprimée à cette occasion par l’ensemble des associations professionnelles est-elle la manifestation d’une indépendance d’esprit souhaitable ou, au contraire, d’un parti pris antigouvernemental ? Il n’a, en effet, jamais manqué de dénonciateurs de la partialité des magistrats, ceux-ci se trouvant alternativement labellisés comme auxiliaires répressifs de la bourgeoisie, « juges rouges » gauchisants ou encore « petits juges » se vengeant des puissants. Un des indices les plus souvent pointés d’une telle politisation est la syndicalisation du corps (entendue ici comme le processus par lequel l’existence du syndicalisme judiciaire a acquis, au sein du corps comme dans l’espace public, un caractère de normalité). N’est-il pas fréquent de voir la presse classer le Syndicat de la magistrature (SM) comme « de gauche », l’Union syndicale des magistrats (USM) comme « modérée » et l’Association professionnelle des magistrats (APM, dissoute depuis 2002) comme « de droite » ?
PLAN DE L'ARTICLE
- I. Les approches marxiennes et bourdieusiennes du syndicalisme judiciaire
- II. Discours syndical et diversification des référents identitaires
- II.1. L’UFM et le modèle du juge-fonctionnaire
- II.2. Le SM et le modèle du « juge rouge »
- II.3. L’APM et le retour au modèle sacerdotal
- III. Les syndicats judiciaires comme appareils de socialisation : l’exemple du SM
- III.1. La construction d’une communauté cognitive et émotionnelle
- III.2. Solidarité syndicale et consolidation des identités militantes
- Conclusion




