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L'Homme

2008/3-4 (n° 187-188)



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Résumé

Français

Cet article propose de rendre compte d’une rencontre entre deux champs de recherches celui de l’anthropologie caribéenne et celui de l’anthropologie du jazz. Évoluant de manière parallèle, ces champs tendent, soit à tenir la singularité sociohistorique comme acquise (études afro-américaines), soit à dégager la production musicale d’un arrimage localisé pour la faire être à la fois universelle et interculturelle (études jazzistiques). Pourtant, les deux champs se révèlent structurés par les mêmes questionnements d’où émerge, pour l’un comme pour l’autre, la question lancinante de la « communauté ». En s’appuyant sur les acquis de recherches antérieures, le propos repose sur la description des théories disponibles pour aborder les expressions culturelles afro-américaines et montrer, notamment au travers de l’analyse développée par Paul Gilroy, comment les interprétations les plus vouées à s’écarter d’un modèle d’identité parviennent à faire émerger une spécificité. Ni redevable à une quelconque fixité, ni assigné à n’être que métissage, créolisation et changement, cette spécificité décline un projet collectif en lien avec l’expérience singulière de l’esclavage et de son souvenir. Elle donne à voir un rapport particulier au pouvoir animé du désir de neutraliser les terribles effets d’enfermement que son exercice finit par produire. Le jazz est l’esthétisation de cette appréhension laissant entrevoir le paradoxe d’un monde de références communes qui échappent précisément, dans cet élan de liberté, à son élaboration en tant que « système communautaire ».

Mots-clés

  • Paul Gilroy
  • anthropologie du jazz
  • Amériques noires
  • diaspora

English

The encounter between the anthropology of the Caribbean basin and the anthropology of jazz is described. Moving in parallel, these two fields tend either to take special sociohistorical conditions for granted (Afro-American studies) or to separate the music produced from its localized moorings and thus make it both universal and intercultural (jazz studies). However both fields turn out to be shaped by the same inquiry, whence the nagging question of «community» for both. Based on contributions from earlier research, the theories available to tackle the study of Afro-American forms of cultural expression are described. Paul Gilroy’s analysis, in particular, is used to show how the interpretations most committed to steering clear of an «identity model» manage to shed light on a specificity that does not owe anything to «fixity» and cannot be reduced to métissage, creolization and changes. This specificity expresses a collective vision related to the special experience of slavery and memory of it. It brings to light a special relation to power motivated by the desire to neutralize the terrible effects of confinement that its exercise ends up producing. Jazz, the «aestheticization» of this experience, lets us glimpse the paradox of a world of common references that escape, through this upsurge of freedom, from its production as a «community system».

Keywords

  • The Black Atlantic
  • anthropology of jazz
  • Black America
  • cultural studies
  • postcolonial studies

Plan de l'article

  1. Préambule
  2. Les théories disponibles pour penser les Amériques noires: cultures et diasporas7
    1. Les différentes variantes de la thèse dite de la continuité
    2. La thèse dite de la créolisation
    3. La thèse dite de l’aliénation
    4. De l’interprétation des cultures afro-américaines aux conceptions du fait diasporique
      1. La diaspora classique
      2. La diaspora hybride
      3. La non-diaspora
  3. Les enseignements de The Black Atlantic de Paul Gilroy12
  4. La diaspora et le divers
  5. Le jazz: autre figure allégorique d’une contre-culture de la modernité?
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