- De la pantomime à l'hiéroglyphe : ordre de la langue, ordre de l'art
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| De la pantomime à l'hiéroglyphe : ordre de la langue, ordre de l'art par Pierre Chartier |
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S'inscrire Alertes e-mail - Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie Cairn.info respecte votre vie privéeAutant la pantomime est partout présente et importante sans l’oeuvre de Diderot, autant l’hiéroglyphe est un concept étrange et fugitif, repérable dans la seule Lettre sur les sourds et muets. Or la Lettre les réunit in præsentia, exaltant leurs différences (expressivitéimpressivité, extensivité-intensivité) et leur proximité philosophico-poétique : en relation avec les problématiques du siècle elles interrogent chacune à sa manière l’ordre du discours (à l’articulation de la pensée et de la langue) et celui, chaque fois spécifique, des arts (poésie, musique, peinture, sculpture, danse, théâtre…). Sans évincer, au contraire, la dimension polémique, provocante et persifleuse d’une Lettre à bien des égards déroutante, l’objet de cet article est une tentative de lecture serrée, littérale. S’y préfigurent diversement les textes des années 1757-58 sur le théâtre (où la pantomime joue un rôle décisif, par le biais, en particulier, du « sublime de situation ») et sur la peinture (ou le critique « sourd » s’interroge sur le langage de gestes d’une foule de « muets »), mais aussi les oeuvres-phares matérialistes de la maturité, Le Rêve de D’Alembert et le Paradoxe sur le comédien. Sur fond d’enquête à la fois ontogénétique et phylogénétique d’une grande subtilité, la Lettre de 1751 multiplie des expériences de pensée « parapantomimiques » relayées par des « explications de textes » « emblématiques » dans la ligne de l’enseignement des Pères renouvelé par le cosmopolitisme savant des Lumières, attentif au grec, au latin, au français, à l’italien, à l’anglais, et à leurs « inversions », entre le son, l’image et le sens… Par delà même le « modèle idéal » explicité dans le Salon de 1767, la clé de ces avancées ne se trouve-t-elle pas dans la Satire seconde, où les pantomimes concertées-déconcertantes de Lui, sous le regard ambivalent de Moi et sous la plume ironique du narrateur, sans nier la doctrine de la mimèsis classique mais en la portant à la limite d’elle-même, retrouvent quelque chose de la présence intense, intime, complexe et simultanée, autant musicale que picturale, de l’hiéroglyphe ?
From Pantomime to Hieroglyph:
Language and art While pantomime is present everywhere and is very important in Diderot’s work, the hieroglyph is a strange and fleeting concept, only visible in the Letter on the Deaf and Dumb, which links the two, exalting both their differences (expressiveness, impressiveness, extensiveness-intensiveness) and their philosophico-poetic proximity. Each in its own way helps to reflect, in connection with the century’s preoccupations, on discourse (the frontier between thought and language) and on each of the different arts (poetry, music, painting, sculpture, dance, theatre etc.). Without ignoring the polemical, provocative and mocking aspects of the Letter, this article tries to provide a close literal reading. We see prefigured in different ways the 1757-8 writings on theatre (in which pantomime plays a decisive role in particular thanks to the “situational sublime”), painting (the “deaf” critic wonders about the sign language of a crowd of the dumb), but also the mature materialistic D’Alembert’s Dream and the Paradox of the Actor. Against the background of an extremely subtle ontogenetic and phylogenetic investigation, the 1751 Letter conducts various “parapantomimic” thought experiments together with “emblematic” patristic-style text commentaries revisited by enlightened cosmopolitanism which pays attention to Greek, Latin, French, Italian, English, and their “inversions”, between sound, image and meaning. One can speculate, without denying the classical doctrine of mimesis extended to its very limit, that beyond the “ideal model” expounded in the 1767 Salon, the key to these advances can be found in the Second Satire where Lui’s concerteddisconcerting pantomimes, watched by an ambivalent Moi and described ironically by the narrator have something of the intense, intimate, complex and simultaneous, both musical and pictorial presence of the hieroglyph.