Regards sur l'économie allemande 2009/2
Regards sur l'économie allemande
2009/2 (n° 91)
40 pages
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Dossier spécial 60e anniversaire de la RFA

Vous consultezUne nouvelle identité allemande ?


AuteursThomas Petersen du même auteur


Résumé

En cette année 2009, la République fédérale d’Allemagne fête un double anni–versaire. Il y a 60 ans, la deuxième démocratie allemande fut portée sur les fonts baptismaux. Il y a 20 ans, le Mur de Berlin tombait, et la révolution pacifique qui progressait en RDA mena peu après à la réunification des deux Allemagne, deux Etats à la sou–ve–raineté jusque là divisée. Comment ces deux chapitres de leur histoire ont-ils laissé leur empreinte sur les Allemands, et comment ont-ils forgé la vision qu’ils ont de leur propre pays ? Les sondages représentatifs menés par l’Institut für Demoskopie d’Allensbach (fondé en 1947, bien avant la naissance de la Ré–pu–blique fédérale, le 23 mai 1949), révèlent que les Allemands de l’ouest n’en–tretenaient à l’ori–gine que peu d’espérances envers leur nouvel Etat. L’Institut leur avait posé en février 1949, soit plusieurs mois avant la constitution de la RFA, la question suivante :« Etes-vous pour ou contre la création d’un Etat fédé–ral ouest-allemand ? ».Une faible majorité de 51 % des personnes interrogées se déclara pour, 23 % d’entre elles contre, et 26 % indifférentes ou sans opinion.
Plus révélatrices encore sont les réponses à cette autre question dont, à elle seule, la formulation qu’on considérerait aujourd’hui comme inusuelle reflète le climat de l’opinion d’alors : « Est-ce que la future Constitution ouest-allemande vous laisse indifférent ou est-ce que vous vous intéressez à la question ? ». 40 % répondirent que la future Constitution les laissait indifférents, 33 % s’efforcèrent d’affirmer qu’ils s’y intéressaient « modérément ». Seulement 21 % des Alle–mands se montrèrent « très intéressés ». Le chaos politique de la République de Weimar et la catastrophe du IIIe Reich, après leur avoir fait perdre toute illusion, avaient laissé un profond dégoût. La majorité des Allemands s’était alors détour–née de la politique. Et elle ne fondait guère d’espoir dans la nouvelle RFA.
Depuis, après 60 années de paix et de prospérité croissante, l’attitude des Alle–mands envers leur Etat a profondément changé. Et la République fédérale d’Alle–magne est la première démocratie allemande qui ait su s’inscrire dans la durée avec succès. Face à cette évolution, un observateur étranger ne peut manquer de se demander si les Allemands n’auraient pas foncièrement changé de carac–tère après la chute du IIIe Reich. Or c’est faire fausse route que de poser la question en ces termes. Car cela renvoie implicitement à l’hypothèse que le IIIe Reich constituerait en quelque sorte la normalité, qu’il serait la concrétisation logique et manifeste de spécificités typiquement allemandes. Mais rien, dans l’histoire quasi millénaire de l’Allemagne avant la prise de pouvoir par Hitler, ne corrobore cette hypothèse.
Quand on cherche donc à savoir pourquoi se diffuse aujourd’hui hors d’Alle–magne l’impression que les Allemands auraient changé de caractère, il faut con–sidérer le fond des choses et remonter plus loin dans l’Histoire. Il faut tenir compte dans ses réflexions du profond déchirement que connut ce pays durant des siècles et se préoccuper de savoir de quoi pourrait réellement être fait ce ca–rac–tère allemand. Et quand on veut bien se livrer à cet effort, on comprend vite que ce qui a changé, ce sont moins les caractéristiques foncières des Allemands que le contexte géopolitique de ces dernières décennies. Car pour la première fois depuis des siècles, celui-ci a offert aux Allemands une nouvelle stabilité, leur permettant de trouver le répit nécessaire pour se mettre en accord avec eux-mêmes.

Mots clés

identité nationale, identité allemande, patriotisme, constitution, loi fondamentale, régime, régime politique, démocratie, relations interallemandes, conjoncture, revenu, niveau de vie, UE, Europe, Union européenne




PLAN DE L'ARTICLE

  • « Incertitudes allemandes »
    • La marque de la guerre de Trente ans
  • Les Allemands se sont approprié leurs symboles nationaux
    • Les Allemands commencent à se sentir fiers d’être Allemands
    • Le patriotisme effarouche encore, sauf les plus jeunes
    • S’identifier avec un nouveau modèle de société prend du temps
    • Leur drapeau ne laisse plus les Allemands indifférents
  • Un « patriotisme constitutionnel »? Pas vraiment.
    • L’appropriation de la Constitution est elle aussi guidée par l’émotion
    • L’identification avec la Constitution demande du temps, à l’est comme à l’ouest
    • La Loi fondamentale et le système démocratique forment un tout
  • L’ancrage de la démocratie est déficitaire à l’est
    • Les Allemands sont convaincus par leur système démocratique…
    • … sauf à l’est
    • Les deux tiers des Allemands approuvent leur modèle de société
    • L’ancrage insuffisant des valeurs démocratiques à l’est est liée à une erreur d’appréciation des Allemands de l’ouest…
    • … liée à l’expérience de la simultanéité du renouveau démocratique et du « miracle économique » à l’ouest
  • L’injustice ressentie
    • 68 % pensent que la situation économique est injuste…
    • … alors que dans la réalité, l’écart des revenus s’est à peine creusé depuis 1991
    • Mais 29 % seulement des Allemands estiment que leur propre situation est injuste
    • Juste ou injuste : une question de morale plus qu’une opinion
    • Les Allemands supportent moins les inégalités sociales
  • Progression du scepticisme européen
    • 45 % des Allemands ne s’intéressent pas à l’Europe
    • Les Allemands sont européens parce que c’est ce qu’on attend d’eux
    • L’Europe laisse indifférents les plus jeunes…
    • … dont l’européanisme est mû par la seule raison
  • Sens et valeur des symboles
    • L’opinion des Européens n’est pas prise en compte dans le processus d’intégration
    • Comment s’identifier à une Europe sans symboles ?
  • Qu’est-ce qui est « typiquement allemand »?
    • La force des émotions
    • Les Allemands ressemblent aux Américains, et pour cause…
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