Revue économique 2009/5
Revue économique
2009/5 (Vol. 60)
292 pages
Editeur
Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

I.S.B.N. 9782724631401
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Vous consultezMicrocrédit et travail au noir

L’informalité est-elle soluble dans la solvabilité ?

AuteurSarah Abdelnour du même auteur


Résumé

Cet article explore, à partir d’une enquête de terrain auprès d’une antenne d’une association de microcrédit située en Seine-Saint-Denis, l’impact du microcrédit sur une facette du travail au noir : l’exercice non déclaré de petites activités économiques. Les sources sont essentiellement de type ethnographique (observation participante et entretiens), mais également de nature juridique et administrative. Une utilisation à visée exploratoire d’une base de données apporte, par ailleurs, quelques résultats. Nous montrons que l’association tente d’accompagner un public en difficultés socio-économiques vers l’immatriculation, mais en acceptant, dans une certaine mesure, de financer du travail au noir. Le ciblage de ce public prend également sens par rapport à l’objectif d’autonomie financière visé par l’association. Nous trouvons qu’il s’agit d’une économie de la « débrouille », qui concerne en proportion importante des populations spécifiques sur le département de la Seine-Saint-Denis : gens du voyage et immigrés, essentiellement africains. L’immatriculation est rendue possible par les aides étatiques, comme l’accre (aide aux chômeurs créateurs et repreneurs d’entreprises) et par l’accompagnement assuré par l’association, plus que par le microcrédit octroyé. Mais la situation de ces personnes, après le seuil des trois ans d’exonération de cotisations sociales, semble plus que précaire, la sortie de l’informalité est minoritaire et partielle.





Microcredit and Underground Economy: Can Informality Be Solved by Solvency?
Microcredit and Underground Economy: Can Informality Be Solved by Solvency?
This paper, based on an ongoing study conducted in a Seine-Saint-Denis branch of a microcredit association, explores the impact of microcredit on one aspect of illegal work, which is unregistered small economic activities. The association refers to these as small income-generating activities. The method used was mainly ethnographic (participant observation, interviews), but also consisted in the review of judicial and administrative sources. The exploratory exploitation of a database also provided some of the results outlined here. The association attempts to accompany socially-marginalized people towards registration, but accepts to finance undeclared work to a certain extent. The targeting of the undeclared entrepreneurs can be explained among other reasons by the aim of the association to be financially sustainable. These entrepreneurs, who are in significant proportion immigrants and gypsies, are involved in a survival economy, far from the classic capitalist enterprise. The registration is made possible by government support, through specific measures such as accre (aid for the unemployed who create their own businesses, under the form of tax exemption), and by the social contributions of the association, more than by microcredit itself. But after the three-year period of tax exemption, the situation of the clients appears to have remained precarious, and the few who registered still tend to keep things off the books. In conclusion, more in depth study is needed, in particular to apprehend the impact of the objective of financial sustainability.
Classification JEL : E51, G21, H26, Z13.

PLAN DE L'ARTICLE

  • Introduction
  • Les petits entrepreneurs non déclarés : cible privilégiée du microcrédit
    • Cibler et accompagner des populations spécifiques
    • L’association Alpha face au travail au noir : un triple pragmatisme économique
    • Défaillance du marché ou de l’État ?
  • L’étape de l’immatriculation : parcours de créateurs en Seine-Saint-Denis
    • « Quelqu’un qui travaille au noir, on peut pas dire que c’est illégal »
    • Une quête de sécurité au-delà des calculs économiques ?
    • Une aide capitale à court terme mais un avenir incertain
  • Les conditions de la pérennité : des obstacles nombreux
    • Des freins puissants : économiques, administratifs et juridiques
    • La confrontation d’ethos économiques
    • Une sortie partielle de l’informalité
  • Conclusion
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