Ségrégation ethnique et ségrégation sociale en quartiers sensibles
L’apport des mobilités résidentielles
[*]
Jean-Louis Pan ké shon
À partir de données longitudinales et de l’observation des mobilités résidentielles des résidents des « quartiers sensibles », nous montrons une baisse de la ségrégation d’origine sociale et à l’inverse une hausse de la ségrégation des Africains (du Nord et du Sud) entre 1990 et 1999. Non seulement la mobilité des habitants des quartiers sensibles est importante mais les sortants, Français ou Africains, effectuent majoritairement une mobilité ascendante. Les effectifs des Africains augmentent en quartiers sensibles par l’arrivée d’immigrés récents, dont ces quartiers constituent l’une de leur première étape résidentielle sur le territoire national. Il semble moins s’agir d’autoségrégation que de bénéfice d’une solidarité « au démarrage ». À variables sociodémographiques et au degré de précarité du quartier contrôlés, les Africains sortent plus difficilement des zones sensibles et ont quatre fois plus de risques de s’installer dans les quartiers parmi les plus précarisés par rapport aux Français, suggérant fortement une discrimination ethnique. Ainsi, la ségrégation des Africains en quartiers sensibles s’avère ambiguë, mais néanmoins progresse dans la période. L’utilisation du degré de précarité d’un quartier, approché par son taux de chômage, apporte une dimension supplémentaire dans la compréhension des phénomènes ségrégatifs car il n’est pas indifférent que la ségrégation s’effectue dans les quartiers où la misère est la plus concentrée.
On the basis of longitudinal data and observation of residential mobility among inhabitants of « sensitive » neighborhoods in France, it is shown that from 1990 to 1999 class segregation fell while ethnic segregation of North Africans and Black Africans rose. Not only are inhabitants of sensitive neighborhoods likely to move, but the majority of those who do, be they of French or African origin, are moving up socially. The number of Africans living in sensitive neighborhoods increased over the period due to the arrival of new immigrants ; these neighborhoods represented a first stage in their residential itinerary in France. This is a matter not so much of self-segregation as of taking advantage of ethnic solidarity to « get started ». With socio-demographic variables and degree of neighborhood « vulnerability » controlled for, Africans have more difficulty moving out of sensitive or difficult zones than people of French origin, and they are four times more likely to settle in highly vulnerable neighborhoods. This strongly suggests ethnic segregation. The segregation of Africans into sensitive neighborhoods thus proves ambivalent, but segregation levels for them did rise during the period studied. Using degree of neighborhood « vulnerability » – calculated in terms of neighborhood unemployment rate – provides an additional dimension for understanding segregation phenomena since segregation is highly likely to be observed in neighborhoods with strong concentration of disadvantaged people.
• La ségrégation comme concentration spatiale
de populations défavorisées
• Méthodes, données, indicateur de précarité
— Pourquoi le chômage constitue-t-il un indicateur synthétique de précarité ?
— Décomposition statistique du chômage entre 1990 et 1999
— Les découpages spatiaux utilisés
— Les sources utilisées
• Résultats
— Une réduction relative de la ségrégation de hiérarchie sociale
— Augmentation de la ségrégation des Maghrébins et des Noirs Africains
— Une promotion résidentielle réduite et moins souvent ascendante pour
les mobilités des Africains de ZUS
— Les entrants en quartiers sensibles : recherche de logements plus grands
et premières étapes résidentielles des étrangers
— Le quartier capte les inobservées de hiérarchie sociale et ethnique
• Discussion
• RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES