Retraite et société 2007/3
Retraite et société
2007/3 (n°52)
206 pages
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Vous consultezL e « travail de vieillissement » en maison de retraite

AuteurIsabelle MALLON du même auteur

Université Lumière Lyon 2

Résumé

Dans les maisons de retraite, se côtoient toutes les formes et tous les stades de vieillesses et de vieillissements au grand âge : elles constituent donc des lieux où peut s’observer de manière privilégiée le « travail » qu’engage le fait de vieillir, c’est-à-dire le réajustement des visions du monde et de soi provoqué par l’avancée en âge, quelle que soit la manière dont elle se déroule (avec ou sans incapacités, par exemple). Ce travail acquiert une résonance particulière en maison de retraite : d’une part, parce que le lieu atteste la vieillesse des individus hébergés et les confronte aux multiples manières de vieillir ; d’autre part, parce que la mort, terme du vieillissement, y est très présente. L’article montre, en mobilisant la notion d’identité narrative (cf. Paul Ricoeur), comment ce travail de vieillissement est opéré par les résidents des maisons de retraite, de manière stratégique, tactique ou sous la contrainte d’accidents biographiques (handicap, maladie invalidante, perte du conjoint...). Il met en évidence le rythme singulier auquel ce travail s’accomplit, mariant les ruptures brusques aux évolutions davantage imperceptibles, en raison du rôle éminent de la mémoire. Objectivée dans le décor des chambres, incorporée dans les habitudes, mobilisée dans les souvenirs, elle est une ressource majeure de cette construction de soi à un âge élevé.



The “Labour of Aging” in Homes for the Elderly
Homes for the elderly accommodate people at various stages of aging, and thus provide a good environment in which to observe the “labour” entailed in the process of aging, i.e. in readjusting perceptions of the world and of the self in response to the advance of age, in all sorts of personal situation (with or without incapacity, for example). The labour of aging takes on a particular resonance in the environment of a home for the elderly, first because the very location is a constant reminder of age, constantly exposing the individual to the realities of different forms of aging, and second because death, the inevitable outcome of aging, is ever-present. This article calls upon the notion of narrative identity (cf. Paul Ricoeur) to show how this labour of aging is taken on the by residents of homes for the elderly, either strategically, tactically or under the constraint of biographical accident (handicap, invalidating illness, loss of partner, etc.). It reveals the singular rate at which the labour is performed, with sudden breaks punctuating imperceptibly gradual change, under the sway of memory, a major resource in the construction of self at advanced age, objectivized in room decoration, incorporated into habits, and mobilized in reminiscences.

PLAN DE L'ARTICLE

  • ■ Se déprendre et se reprendre pour tenter de se maintenir
    • ■ Déprises stratégiques, déprises tactiques, déprises contraintes
    • ■ Décristallisation et dématérialisation des rôles : maintenir des habitudes pour se maintenir
  • ■ Vieillir, être vieux et mourir
    • ■ Rester soi-même dans un monde qui change : la dialectique de la mémoire et de l’oubli
    • ■ La surprise d’être vieux et la fatigue de vivre
  • ■ Conclusion
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