Victimes ou bourreaux ?
Les Ukrainiens gréco-catholiques et l’« Holodomor »
Valérie Kozlowski
Quels sont le rôle et la place des témoignages des défunts, victimes de la « famine génocidaire » de 1933, dans les rituels de mémoire pratiqués par la communauté ukrainienne de France ? Il s’agit ici de comprendre en quoi le qualificatif de « martyr » donné à ces morts permet d’effectuer un lien entre le passé et le présent de ce groupe, et, plus largement, de la patrie ukrainienne. Par ailleurs, on montrera comment, en traversant dans divers rituels une épreuve d’authenticité de la souffrance, ces témoignages deviennent un moyen d’administrer la preuve de l’existence même d’une nation ukrainienne traumatisée par différentes crises mémorielles au cours de son histoire.Mots-clés :
Ukraine, gréco-catholique, famine-génocide, épreuve d’authenticité, témoin moral.
Victims or torturers ? The greco-catholics Ukrainians and the « Holodomor »
What is the significance and the role of the written traces left by those who died victims of the genocidal famine of 1933 for the rituals of memory of the Ukrainian community in France? We examine the way calling the dead “martyrs” links the past to the present continued existence of the group and ultimately with the Ukrainian motherland. It is also shown, by including these “proofs” of the authenticity of suffering in various rituals, how written documents become the means of demonstrating the very existence of a Ukrainian nation traumatized by different remembered crises that have occurred during its history.Keywords :
Ukraine, Greco-catholics, genocidal famine, proves of authenticity, moral witness.
• Scène 1 : célébrer la famine
• Scène 2 : célébrer Petlioura
• Scène 3 : contester Petlioura
• Retour sur les événements de 1919-1920
• L’épisode de la famine de 1933 : la controverse
• Le statut des témoins
• La vague mémorialiste des années 1990
• Paris, 2006 : 70e anniversaire de l’« Holodomor »
• Conclusion