Tracés 2011/2
Tracés
2011/2 (n° 21)
258 pages
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Contagion morale et transmission des maladies : histoire d'un chiasme (xiiie-xixe siècle)
par Aurélien Robert
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Articles

Vous consultezContagion morale et transmission des maladies : histoire d’un chiasme (xiiie-xixe siècle)


AuteurAurélien Robert du même auteur

chargé de recherche au CERS (Centre d’études supérieures de la Renaissance, CNRS, Université de Tours)

Résumé

L’origine du concept de contagion n’est pas certaine, mais il semble appartenir très tôt au domaine de la morale, avant même que la médecine ait théorisé la nature des épidémies. En Occident, jusqu’au xiiie siècle, le thème de la contagion morale se développe en contexte théologique (contagion des péchés, des vices et des hérésies) sans référence explicite à un modèle contagionniste issu de la médecine, bien que les maladies comme la lèpre ou la peste soient toujours associées à certains vices. L’un des buts de cet article est de montrer que l’arrivée de la médecine arabe transforme la perspective des théologiens et des moralistes qui ont désormais à leur disposition un modèle médical et philosophique pour expliquer comment certaines passions et certains vices peuvent se transmettre d’un individu à l’autre. Ce schéma explicatif, qui n’a plus rien d’une métaphore, reste en usage jusqu’à l’aube du xixe siècle, au moment où les progrès de la recherche médicale le rendent caduc. Paradoxalement donc, dans les sciences sociales naissantes à la fin du xixe siècle, l’usage du concept de contagion redevient descriptif, voire métaphorique.

Mots clés

contagion morale, péché, lèpre, Moyen Âge


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The origin of the concept of contagion is uncertain, but it seems that it belonged to the domain of moral investigation from the very beginning of the Antiquity, even before medicine theorized the nature of epidemics. In the West, until the xiiith century, the idea of moral contagion had been developed in theological contexts (the contagion of sins, vices or heresy) without any explicit reference to a contagionist model based on medical research, although some diseases as leprosy or the plague never ceased to be associated with some vices. One of the purposes of this article is to show that the arrival of Arabic medicine transformed this theological and moral perspective, because medieval thinkers henceforth had at their disposal a medical and philosophical model to explain how certain passions or vices could be passed on from one individual to another. This explanatory scheme, which had nothing of a metaphor, remained in use until the beginning of the xixth century, when the progress of medical research rendered it obsolete. Paradoxically enough, with the emerging social sciences at the end of the xixth century, the concept of contagion, both moral and social, became descriptive and sometimes metaphoric again.

Keywords


moral contagion, sin, leprosy, Middle Ages

PLAN DE L'ARTICLE

  • L’exemple de la lèpre
  • La contagion et ses espèces chez Avicenne
  • La fascination et l’infection par le regard
  • La contagion héréditaire du péché
  • L’amour, une maladie contagieuse
  • Permanence du dispositif jusqu’au xviiie siècle
  • Du mal à la maladie et retour
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