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Le pédé, la pute et l’ordre hétérosexuel

Isabelle Clair

Sociologue, chargée de recherche au CNRS, au sein de l’équipe « Genre, travail, mobilités » du CRESPPA (UMR 7217 CNRS/Paris-VIII).
Thèmes de recherche : l’entrée dans la sexualité et la conjugalité de jeunes appartenant aux classes populaires.
A notamment publié
Clair I., Les jeunes et l’amour dans les cités, Armand Colin, coll. « Individu et société », Paris, 2008.
Clair I., « Des filles en liberté surveillée », in Blanchard V., Revenin R., Yvorel J.-J. (coord.), Jeunes, jeunesse et sexualité. Initiations, interdits, identités (xixe-xxie siècle), Autrement, coll. « Sexe en tous genres », Paris, 2010, pp. 321-329.
Clair I., « La découverte de l’ennui conjugal. Les manifestations contrariées de l’idéal conjugal et de l’ethos égalitaire dans la vie quotidienne de jeunes de milieux populaires », Sociétés contemporaines, no 83, vol. III, septembre 2011, pp. 59-82.
isabelle.clair@yahoo.fr

Résumé

Les figures de la « pute » et du « pédé » renvoient à deux dimensions de l’ordre hétérosexuel. D’une part, la différenciation des sexes : chaque sexe a sa propre figure repoussoir et le risque de s’y voir associée n’est pas le même pour les filles et les garçons. D’autre part, leur hiérarchisation : alors que les garçons doivent faire la preuve continue qu’ils ne sont pas des « pédés », c’est-à-dire qu’ils ont leur place dans le groupe de sexe dominant, les filles sont a priori suspectes d’êtres toutes des « putes », du fait de leur position inévitablement inférieure dans la classification des groupes de sexe.



The “tart” and the “queer” are figures that refer to two aspects of the heterosexual order. On the one hand, sex differentiation: each sex has its own foil and the danger of being associated with this foil is not the same for girls as for boys. On the other hand, the order of rank: while boys have to prove constantly that they are not “queers”, i.e. that they have their place among the dominant sex, all girls are a priori suspected of being “tarts” on account of their inevitably inferior position in the sex group classification.


Las figuras de la “puta” y del “maricón” remiten a dos dimensiones del orden heterosexual. Por una parte, la diferenciación de los sexos: cada sexo tiene su propia figura rechazadora y el riesgo de verse asociada/o a ella no es el mismo para las chicas que para los chicos. Por otra parte, su jerarquización: mientras los chicos deben aportar la prueba continua de que no son unos “maricones”, es decir que tienen su sitio en el grupo de sexo dominante, las chicas son apriori sospechosas de ser todas unas “putas”, por el mero hecho de su posición inevitablemente inferior en la clasificación de los grupos de sexo.


Die Gestalten der « Nutte » und des « Schwulen » deuten auf zwei Dimensionen der heterosexuellen Ordnung hin. Einerseits die Differenzierung der Geschlechter: jedes Geschlecht hat seine eigene abstossende Gestalt und das Risiko damit verbunden zu werden, ist nicht identisch bei den Mädchen und bei den Jungs. Andererseits ihre hierarchische Abstufung : die Jungs müssen ständig beweisen, dass sie nicht « schwul » sind, das heisst, dass sie ihren Platz in der Gruppe des herrschenden Geschlechts haben, aber die Mädchen werden alle von vornherein verdächdigt « Nutten » zu sein aufgrund ihrer unvermeidlich niedrigeren Positionierung in der Einstufung der Geschlechtsgruppen.

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