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Chapitre 11. Déqualification en cascade ou inadéquation des qualifications en Belgique ?

Muriel Dejemeppe

Aspirant FNRS et IRES, Université catholique de Louvain

Bart Cockx

IRES, Université catholique de Louvain

Bruno Van der Linden

FNRS et IRES, Université catholique de Louvain

Résumé

Les travailleurs faiblement qualifiés connaissent en Belgique un taux de chômage particulièrement élevé. Par ailleurs, l’écart entre les taux de chômage par niveau de scolarité s’est fortement creusé au cours des années ’80. Deux mécanismes sont compatibles avec ces évolutions. Le premier mécanisme identifie une augmentation structurelle de l’inadéquation entre les qualifications demandées par le marché du travail et les qualifications offertes : à une demande élevée de main-d’œuvre qualifiée correspond un excédent de main-d’œuvre peu qualifiée. Une cause importante de ce phénomène est le progrès technique, qui favorise la demande de travail très qualifié, combiné à la rigidité des salaires à la baisse. Le second mécanisme attribue les évolutions des taux de chômage par niveau d’étude à un phénomène de déqualification en cascade : dans un contexte de pénurie généralisée d’emplois, les chômeurs très qualifiés, qui ne trouvent pas d’emploi correspondant à leur formation, se tournent vers des emplois moins qualifiés. Au bas de l’échelle des qualifications, les moins formés n’ont d’autre possibilité que le chômage ou l’inactivité.
L’objectif de notre contribution est le suivant : est-il possible de distinguer les phénomènes d’inadéquation et de déqualification à partir de données wallonnes sur les probabilités de sortie du chômage selon le niveau de scolarité des individus et sur le nombre total de postes vacants ? De notre étude empirique, il ressort que les phénomènes d’inadéquation et de déqualification ne sont pas identifiables séparément à partir de nos données. Si nous connaissions le nombre d’emplois vacants selon le niveau d’étude requis, le problème d’identification serait en principe résolu. Mais l’analyse critique des travaux consacrés à la suréducation révèle que l’exploitation de telles données ne permettrait en réalité pas de résoudre ce problème. En effet, aucune mesure de la scolarité exigée n’est exempte de biais. En s’appuyant sur une littérature récente, on a cependant des raisons de penser que la distinction entre les phénomènes d’inadéquation et de déqualification n’est claire que dans le cadre d’un raisonnement à court terme. La distinction entre ces deux mécanismes, et dès lors la distinction de leurs implications en termes de recommandations politiques, devrait être relativisée dans une perspective de long terme.


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