Diogène 2008- 3 (n° 223)| ISSN 0419-1633 | ISSN numérique : en cours | ISBN : sans | page 4 à 18

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Philosophie russe, philosophie soviétique et historicisme

Tom Rockmore


RESUME — Cet article abordera deux thèmes : mon expérience personnelle avec la philosophie russe et les philosophes russes d'une part, et la question de l'historicisme de l'autre. Mon exposé concernant mon expérience limitée des philosophes et de la philosophie russe sera essentiellement autobiographique. Mes remarques relatives à l'historicisme concerneront un seul aspect des conséquences philosophiques de l'expérience soviétique de la philosophie russe.
Lorsque je me rends en Russie, je suis toujours surpris par la place qu'y occupe la conception historique du savoir, une place qui, pour autant que je sache, n'existe que dans la philosophie russe. Cette différence de perspective, qui concerne le caractère historique des contenus de savoir, doit être expliquée. Pourquoi philosophes et philosophie russe, aujourd'hui, réservent-ils un si bon accueil à une conception historique du savoir, une conception qui a toujours été peu diffusée et a même été considérée comme insolite ailleurs ? L'hypothèse que je développe dans cet article, c'est qu'il existe un lien profond entre l'intérêt des Russes aujourd'hui pour une conception historique du savoir et la philosophie soviétique. Il existe un lien en particulier avec Marx, qui est un penseur historique, et avec la philosophie russe présoviétique, qui sont à distinguer l'un et l'autre du marxisme, lequel est fondamentalement anhistorique.

ABSTRACT — This paper concerns two themes: my personal experience of Russian philosophy and Russian philosophers, on the one hand, and historicism on the other. My account of my limited experience of Russian philosophers and philosophy will be mainly autobiographical. My remarks about historicism will concern a single aspect of the philosophical consequences of the Soviet experience for Russian philosophy.
When I come to Russia, I am always surprised by the degree of interest in a historical approach to knowledge, an interest that, so far as I know, is unique to Russian philosophy. This difference in perspective as concerns the historical character of cognitive claims needs to be explained. It needs to be explained why contemporary Russian philosophers and contemporary Russian philosophy are so hospitable to a historical approach to knowledge, an approach which has always been rare, even unusual elsewhere. My hypothesis, which I examine the paper, is that there is a deep link between the contemporary Russian interest in a historical approach to knowledge and Soviet philosophy. In particular, there is a link to Marx, who is a historical thinker, and to pre-Soviet Russian philosophy, as distinguished from Marxism, which is basically a-historical.