Diogène 2008- 3 (n° 223)| ISSN 0419-1633 | ISSN numérique : en cours | ISBN : sans | page 115 à 137

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La place de la philosophie russe dans l’histoire philosophique mondiale

Evert Van Der Zweerde


RESUME — Cet article a pour ambition d'esquisser dans ses grandes lignes la place de la philosophie russe dans l'histoire philosophique " au sens large ", c'est-à-dire à l'échelle planétaire et à l'échelle d'une histoire mondiale. Parallèlement, et plus modestement, il entend dégager un certain nombres d'éléments et d'aspects propres à ce projet. Une réflexion et une reconstitution rétrospective n'est pas seulement un phénomène récurrent dans la culture philosophique (laquelle, selon l'hypothèse de l'auteur, est devenue mondiale), elle est également, du fait même d'être aussi réflexion philosophique, une perspective possible parmi d'autres. La thèse centrale de cet article, c'est que la clé permettant d'évaluer la place de la philosophie russe dans l'histoire mondiale se trouve dans la période soviétique, non seulement parce qu'elle était, par sa politique d'isolement et sa subordination de la philosophie à des fins idéologiques et politiques, un facteur déterminant pour une bonne partie du XXe siècle, mais aussi, ce qui est plus important, parce qu'elle a déformé systématiquement la perception de l'histoire philosophique russe, y compris l'épisode soviétique lui-même. Le correctif, toutefois, applicable à ce qui a pu être déformé risque de devenir une nouvelle déformation du fait, d'une part, de la diabolisation du facteur soviétique, et d'autre part, d'un mépris relativement à sa pertinence philosophique et métaphilosophique.

ABSTRACT — This paper sketches the ambitious outlines of an assessment of the place of Russian philosophy in philosophical history "at large", i.e. on a global and world-historical scale. At the same time, it indicates, rather modestly, a number of elements and aspects of such a project. A retrospective reflection and reconstruction is not only a recurrent phenomenon in philosophical culture (which, the author assumes, has become global), it also is, by virtue of its being a philosophical reflection, one among many possible perspectives. The central claim of the paper is that the key to an assessment of the world-historical place of Russian philosophy is to be found in the Soviet period, not only because it was, through its isolation policy and its subordination of philosophy to political and ideological goals, a determining factor for a large part of the 20th C., but also, and more importantly, because it has systematically distorted the perception of Russia's philosophical history, including of the Soviet episode itself. The very undoing of these distortions, however, risks to become a distortion because of, on the one hand, a demonization of the Soviet factor and, on the other hand, a disregard its philosophical and meta-philosophical relevance.