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Les univers intérieurs de Gertrud Kolmar : à propos de Welten (1937)


Laurent Cassagnau

École Normale Supérieure-Lettres Sciences Humaines (Lyon)

Résumé

En 1937, six ans avant sa mort à Auschwitz, Gertrud Kolmar écrivit à Berlin un cycle de 17 poèmes intitulé Mondes (Welten). Ces univers imaginaires dans lesquels on ne trouve pas de références explicites à la persécution nazie sont situés pour la plupart dans un ‘ailleurs’ à la fois spatial et temporel, occidental et ‘oriental’, intérieur et extérieur. Peut-on dire pour autant que Kolmar ‘se réfugie’ dans un univers irréel de création littéraire ? Si le sujet aime se présenter comme entrant dans l’espace même qu’il a construit, cet espace est toutefois marqué par la mélancolie ou l’angoisse, de sorte que s’ouvre souvent un deuxième espace, un ‘ailleurs de l’ailleurs’ qui n’est pas moins ambigu. On est en quelque sorte en présence d’un « Autre » de l’utopie qui vient jeter son ombre sur le lieu premièrement construit. Les mondes imaginés, à la beauté de pierre mais désertés par les humains, peuvent certes faire signe vers l’Être pur mais sont également associés à la mort ou à la disparition du sujet. L’écriture apparaît non pas comme une simple conduite de fuite devant les événements contemporains, mais comme l’exploration d’un espace littéraire qui est aussi un ‘ailleurs’ intérieur ou extérieur dans lequel le sujet affronte sa propre mort.R.M. Rilke



pure Being but are also associated with death and loss of the subject. The writing appears not as a simple conduct of escape before the contemporary events but as the exploration of a literary space that is also an inner or outer “elsewhere” where the subject faces his own death.


nicht explizit auf die NS-Verfolgungen verwiesen wird, befindet sich in einem zugleich räumlichen und zeitlichen, westlichen und östlichen, inneren und äußeren ‘Anderswo’. Kann man aber sagen, Kolmar würde in unwirkliche erdichtete Welten flüchten ? Zwar wird das lyrische Ich gern als ein schaffendes dargestellt, das dann in den von ihm geschaffenen Raum eintritt ; dieser Raum ist jedoch durch Melancholie bzw. Angst geprägt, so dass sich oft ein zweiter Raum eröffnet, der aber wiederum nicht weniger zweideutig ist. Man steht sozusagen vor dem ‘Anderen der Utopie’, das seinen Schatten auf die primär erfundene Landschaft wirft. Die imaginären, ineinander verschachtelten Räume mit ihrer erstarrten und menschenleeren Schönheit können zwar auf das reine Sein hindeuten, sie werden aber auch mit dem Tod oder dem Verschwinden des Subjekts verbunden. Schreiben erweist sich demnach nicht als bloße Flucht vor dem Zeitgeschehen, sondern als Erkundung eines inneren bzw. äußeren ‘Anderswo’, in dem das Subjekt sich seinem Tod stellt.