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Le Mouvement Social 2008- 1 (n° 222)| ISSN 0027-2671 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 2-7071-5443-9 | page 081 à 109 Distribution électronique Cairn pour les éditions La Découverte. © La Découverte. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
La commission d’enquête soviétique sur les crimes de guerre nazis : entre reconquête du territoire, écriture du récit de la guerre et usages justiciers
Nathalie Moine
RESUME — La commission soviétique est à la fois bien connue par les rapports qu’elle a publiés et méconnue dans l’ampleur du travail accompli sur le terrain. L’article présente les circonstances dans lesquelles elle a été créée, en discutant les modèles utilisés par les responsables soviétiques, puisés dans les expériences russe ou occidentale de la Première Guerre mondiale. Il montre ensuite comment le travail de collecte de l’information s’inscrit dans un mouvement plus général, mêlant initiatives locales et interventions d’autres institutions. La commission centrale, en se démultipliant en commissions locales, permet de réaffirmer la légitimité des acteurs du pouvoir soviétique, alors en phase de reconquête du territoire. Dans le même temps, le matériau accumulé offre une vision beaucoup plus complexe de la période d’occupation que ne le reflètent les communiqués publiés qui contribuèrent, tout au long des décennies suivantes, au récit officiel de la guerre. Enfin, l’article montre les usages de cette information au cours des procès d’après-guerre, encore mal connus, menés par les autorités soviétiques à l’encontre des criminels de guerre, soldats ennemis ou collaborateurs.
ABSTRACT — The Soviet commission is well known for the reports it published but also misunderstood for the scope of work it accomplished in the field. This article explores the circumstances in which it was created. It discusses models followed by the Soviets responsible for creating the commission, which drew on Russian or Western experiences in the First World War. It then shows how the work of gathering information followed a more general pattern which blended local initiatives with the involvement of other institutions. By transforming itself into several local commissions, the central commission could reaffirm the legitimacy of Soviet actors in power, who were then in the process of reconquering territory. At the same time, the accumulated material offers a vision of the period of occupation which is a great deal more complex than that produced by those published communiqués which, for several decades to come, would contribute to the official story of the war. Finally, the article shows the practical uses of this information in the postwar trials, still not well known, which were led by Soviet authorities against war criminals, enemy soldiers or collaborators.