Raisons politiques 2007- 1 (no 25)| ISSN 1291-1941 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 2-7246-3077-0 | page 101 à 125

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Penser la réforme pénitentiaire avec Michel Foucault. Apports et limites à une sociologie politique de la loi du 18 janvier 1994

Eric Farges


RESUME — À l’encontre d’une représentation trop événementielle de la réforme carcérale, Michel Foucault développa dans Surveiller et punir une conception de la réforme comme stratégie de légitimation de l’institution pénitentiaire. On propose d’analyser dans quelle mesure la conception foucaldienne de la réforme carcérale comme instrument de gouvernement est heuristique dans la compréhension de la loi du 18 janvier 1994 réorganisant la gestion des soins en prison. Il apparaît que si la considération du point de vue de l’institution carcérale permet d’adopter un regard plus critique, elle présente néanmoins le risque de reléguer au second plan les luttes professionnelles et d’aboutir ainsi à une sociologie désincarnée. Problématiser la réforme du 18 janvier 1994 requiert dès lors de lui rendre son historicité et d’opérer, pour cela, un déplacement du regard sociologique de la question des effets de la réforme à celle de ses conditions de possibilité.

À l’encontre d’une représentation trop événementielle de la réforme carcérale, Michel Foucault développa dans Surveiller et punir une conception de la réforme comme stratégie de légitimation de l’institution pénitentiaire. On propose d’analyser dans quelle mesure la conception foucaldienne de la réforme carcérale comme instrument de gouvernement est heuristique dans la compréhension de la loi du 18 janvier 1994 réorganisant la gestion des soins en prison. Il apparaît que si la considération du point de vue de l’institution carcérale permet d’adopter un regard plus critique, elle présente néanmoins le risque de reléguer au second plan les luttes professionnelles et d’aboutir ainsi à une sociologie désincarnée. Problématiser la réforme du 18 janvier 1994 requiert dès lors de lui rendre son historicité et d’opérer, pour cela, un déplacement du regard sociologique de la question des effets de la réforme à celle de ses conditions de possibilité.

ABSTRACT — In the face of an over-hyped reform of the French prison system, Michel Foucault elaborated in Discipline and Punish a conception of the reform as a strategy to legitimize the penitentiary as such. To what extent is Foucault’s view of the reform as a government tool heuristic in its perception of the 18 January 1994 law to reorganize prison management? It would seem that although focusing on the institution of prisons as such enables Foucault to adopt a more critical view, it runs the risk of relegating professional struggles to a matter of secondary importance – and producing a disembodied sociology. So if we wish to study the 1994 reform, we need to give it back its historicity and, to that end, shift the sociological focus from the effects of the reform to the conditions that made it possible in the first place.

In the face of an over-hyped reform of the French prison system, Michel Foucault elaborated in Discipline and Punish a conception of the reform as a strategy to legitimize the penitentiary as such. To what extent is Foucault’s view of the reform as a government tool heuristic in its perception of the 18 January 1994 law to reorganize prison management? It would seem that although focusing on the institution of prisons as such enables Foucault to adopt a more critical view, it runs the risk of relegating professional struggles to a matter of secondary importance – and producing a disembodied sociology. So if we wish to study the 1994 reform, we need to give it back its historicity and, to that end, shift the sociological focus from the effects of the reform to the conditions that made it possible in the first place.