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Revue du Mauss 2008- 1 (n° 31)| ISSN 1247-4819 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 978-2-7071-5491-0 | page 33 à 66 Distribution électronique Cairn pour les éditions Éditions La Découverte. © Éditions La Découverte. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
La querelle de l’intérêt et de la sympathie.
Petite anthologie philosophique des XVIIe et XVIIIe siècles
Christian Lazzeri
RESUME — Cet article présente un ensemble de textes classiques qui tentent de rendre
compte de la formation du lien social de deux points de vue : le premier est
fondé sur la notion d’intérêt, que celle-ci soit liée ou non à la rationalité et
il tente d’expliquer la diversité des formes de coopération sociale, depuis la
pratique de la civilité jusqu’à la formation contractuelle de l’État et au fonctionnement du marché. L’une des conséquences attendues d’un tel point de
vue réside dans la conception purement instrumentale (fût-elle relativement
pacifique) du lien social. Le second point de vue tente de dépasser, aussi
bien au plan cognitif qu’éthique, les difficultés qui découlent d’une telle
conception. Il se déploie sous la forme d’une triple critique : la première
a consisté à refuser la thèse de la motivation dominante et sans partage de
l’intérêt en la compensant par un principe de bienveillance à titre de motivation individuelle considérée comme tout aussi « innée » que la première par
certains philosophes. La seconde critique est de nature morale et prend appui
sur les relations qui existent entre les affections naturelles et le principe de la
morale autour de la notion de sens moral. La troisième mobilise le concept
de sympathie qui constitue à la fois une théorie des relations sociales et le
fondement du jugement moral en absorbant le sens moral. Elle conduit à
contester la thèse relative à la formation du lien social sur la base d’un intérêt
égoïste et à contester celle qui transforme les vertus morales en autant de
stratégies instrumentales.
ABSTRACT —
The article presents a selection of classical texts endeavouring to think
about the formation of the social bond through two opposite points of view.
The first is based upon self-interest, whether linked with rationality or not.
The second tries to go beyond this merely instrumental view by taking into
account three types of criticism of the self-interest paradigm : the first holds
that the principle of interest must be complemented by one of benevolence,
held to be as « innate » as interest ; the second turns around the idea of a
specific moral sense ; the third elaborates on the concept of sympathy which
can include the idea of moral sense.