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Revue du Mauss 2008- 1 (n° 31)| ISSN 1247-4819 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 978-2-7071-5491-0 | page 67 à 79 Distribution électronique Cairn pour les éditions Éditions La Découverte. © Éditions La Découverte. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
Le plaisir de la sympathie
Adam Smith anti-utilitariste
Ralph Anspach
RESUME — On voit Adam Smith comme le grand champion de l’intérêt égoïste, mais, dans
sa Théorie des sentiments moraux, il développe une théorie du comportement
fondé sur la capacité qu’a l’individu de changer de rôle avec autrui. Contre
l’utilitarisme de la théorie économique conventionnelle, Smith soutient que
l’homme tire satisfaction non seulement de son propre plaisir, mais aussi de
son implication sympathique dans les expériences de ses semblables. Pour
Smith, même le comportement matérialiste et intéressé nécessaire pour
dynamiser le système capitaliste dérive en dernier ressort de la sympathie.
Comme Smith est resté fidèle à ce point de vue psychosociologique toute sa
vie, il faut réinterpréter la Richesse des nations à la lumière de la Théorie
des sentiments moraux.
ABSTRACT —
Adam Smith is seen as the great defender of self-interest, but in his Theory
of Moral Sentiments, he develops a theory of behavior founded on the individual’s capacity to switch roles with others. Against the utilitarianism of
conventional economic theory, Smith holds that man derives satisfaction
not only from his own pleasure but also from sympathetic involvement
in the experiences of his fellow-beings. For Smith, even the self-seeking,
materialistic behavior necessary to energize the capitalist system stems in the
last resort from fellow feeling. Since Smith remained faithful to this socialpsychological viewpoint throughout his life, the Wealth of Nations needs to
be reinterpreted in the light of the Theory of Moral Sentiments.