Revue du Mauss 2008- 1 (n° 31)| ISSN 1247-4819 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 978-2-7071-5491-0 | page 113 à 121

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L’amour de l’humanité dans la morale utilitaire

Jean-Marie Guyau


RESUME — Qu’est-ce que l’amour de l’humanité pour la morale utilitariste, de Bentham à Spencer ? Guyau montre ici que la théorie utilitariste de la sympathie s’avère incapable d’articuler de façon féconde amour de soi et amour des autres. Elle ne conçoit la vie morale que comme « un commerce où rien ne se donne pour rien » et réduit toute forme de générosité à un mensonge collectif, voire à un vice. Afin de dépasser cette antinomie, Guyau montre que l’opposition entre égoïsme et altruisme mérite d’être reformulée dans des termes nouveaux. Si l’amour de soi ne conduit pas à l’amour des autres, n’est-ce pas en définitive parce que l’amour de soi trouve son origine dans cet amour des autres grâce auquel le soi s’élargit, manifeste sa liberté et s’ouvre à la générosité même de la vie ?

ABSTRACT — What is love for mankind in utilitarian moral theories from Bentham to Spencer ? Guyau argues here that utilitarian sympathy is unable to bridge the gap between self-love and love for others. Moral life is like a business in which nothing is given for free and generosity a common lie or a vice. In order to criticize the utilitarian antinomy, Guyau shows that egoism and altruism have to be studied in a different way. If self-love does not lead to love for others, the main reason for Guyau is that self-love originates in this love for others by which the self expands itself, manifests its freedom and opens itself to the generosity of life.