Revue du Mauss 2008- 1 (n° 31)| ISSN 1247-4819 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 978-2-7071-5491-0 | page 209 à 241

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L’idéal d’égalité appartient-il au passé ?
Homo reciprocans versus Homo œconomicus

Samuel Bowles
Herbert Gintis


RESUME — Pour comprendre le triste état des politiques égalitaires aujourd’hui, il faut remettre en cause l’Homo œconomicus, le modèle économique de l’égoïste impénitent aux tendances asociales qui a servi de point de départ à tous les débats politiques depuis Thomas Hobbes jusqu’à la discussion actuelle sur la réforme de l’État-providence. Néanmoins l’État-providence n’est pas en crise parce que l’égoïsme serait omniprésent. Les expériences et les enquêtes montrent au contraire que les gens ne sont pas mesquins, mais que leur générosité est conditionnelle. C’est la réciprocité forte, couplée à une générosité visant à satisfaire les besoins élémentaires, qui bien mieux que l’altruisme inconditionnel rend compte des motivations à la base des politiques d’égalité. Nous proposons d’appeler Homo reciprocans celui qui agit ainsi.

ABSTRACT — Understanding the predicament of egalitarian politics today thus requires a reconsideration of homo economicus, the unremittingly selfish prototype whose asocial propensities have provided the starting point for deliberations on constitutions and policies from Thomas Hobbes to the current debate on welfare reform. However the welfare state is in trouble not because selfishness is rampant. In experiments and surveys people are not stingy, but their generosity is conditional. Strong reciprocity and basic needs generosity better explain the motivations that undergird egalitarian politics than does unconditional altruism. We call a person who acts this way homo reciprocans.