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Revue du Mauss 2008- 1 (n° 31)| ISSN 1247-4819 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 978-2-7071-5491-0 | page 353 à 364 Distribution électronique Cairn pour les éditions Éditions La Découverte. © Éditions La Découverte. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
Anna O. : de la cure psychanalytique au don de soi
Dominique Bourgeon
RESUME — Le destin singulier d’Anna O., premier cas clinique étudié par Freud, est
intéressant à plusieurs titres. Car non seulement il questionne les fondements
de la psychanalyse, mais il offre une véritable perspective de recherche sous
l’angle du don. Contrairement aux affirmations de J. Breuer et de Freud,
Anna O. ne guérit pas de son syndrome hystérique par la cure psychanalytique. Le traitement, suggéré par la patiente elle-même, est en fait un échec.
Plusieurs séjours en sanatorium succéderont à la prise en charge de Breuer.
En fait, seule une longue pratique du soin et du don de soi permettra à cette
patiente d’échapper à sa maladie mentale. L’exercice du don se révèle ainsi
salvateur. Car, nous le savons maintenant, Anna O. est en réalité la première
assistante sociale allemande, une pionnière du mouvement féministe et une
fondatrice d’orphelinat. En bref, Anna O. se nomme Bertha Pappenheim, une
bienfaitrice militante à qui l’Allemagne rendra hommage à travers l’émission
d’un timbre-poste en 1954.
ABSTRACT —
Anna O’s unique destiny, the first clinical case Freud studied, is interesting in
many ways. Indeed, it doesn’t only question the fundamentals of psychoanalysis, it also offers various perspectives on the research concerning self-giving.
Anna O. never cured her hysterical syndrome with psychoanalysis, even
though J. Breur and Freud pretended she did. The cure, as suggested by the
patient herself, was a failure. After Breur took charge of her, she had several
stays in senatoriums. In fact, only a long term cure and self-giving practice
would help her to beat her mental condition. Self-giving practice turned out
to be salvation. We have since discovered that Anna O. was the first German
social worker, a pioneer in feminist movement and a founder of orphanages.
In brief, Anna O. named Bertha Pappenheim, a militant benefactress whom
Germany honered by creating a postage stamp after her in 1954.