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Revue du Mauss 2008- 1 (n° 31)| ISSN 1247-4819 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 978-2-7071-5491-0 | page 397 à 410 Distribution électronique Cairn pour les éditions Éditions La Découverte. © Éditions La Découverte. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
Les animaux sont-ils des êtres humains sympathiques ?
Perspectives cognitives sur la question d’une « morale animale »
Vanessa Nurock
RESUME — La notion de « morale animale » est paradoxale : elle est à la fois considérée comme une tautologie posant la naturalité de la morale et comme une
contradiction affirmant la brutalité du monde sauvage. Cet article suggère
que, si cette représentation paradoxale doit être dépassée, la notion de morale
animale n’en demeure pas moins un problème philosophique. Il s’appuie
sur des travaux empiriques et conceptuels en éthologie, en psychologie et
en philosophie cognitive, pour proposer l’idée que la question de la morale
animale peut être abordée non seulement du point de vue du patient, mais
également du point de vue de l’agent moral. En s’adossant à l’hypothèse,
suggérée dans des travaux antérieurs, d’une « morale naïve », la portée et
les limites de la conception d’une « morale animale » sont analysées. Cet
examen révèle que la notion de « morale naïve » permet d’éviter certains
écueils auxquels se heurte l’idée d’une morale animale, et de clarifier ainsi
le débat sur la question, en montrant que reconnaître à certains animaux une
protomorale ou morale naïve n’implique cependant pas nécessairement l’idée
d’un droit naturel animal.
ABSTRACT —
The notion of « animal morality » is paradoxical given that it can be taken
either as a tautology or as a contradiction. This notion is sometimes considered
to be a tautology because of the so-called « naturality » of morality, whereas
it is sometimes seen as a contradiction due to the supposedly « fierceness »
of the wild. This paper holds that it is necessary to go beyond this paradoxical representation of animal morality and to examine the question of animal
morality as a philosophical problem. Relying on empirical and conceptual
works in cognitive ethology, psychology and philosophy, I suggest that
animal morality should be considered by taking the perspective of a moral
patient as well as by taking the viewpoint of a moral agent. The leading
idea is that the concept of « naïve morality » developed in previous works
solves some pitfalls and clarifies the discussion about « animal morality »
by delineating its scope and limits. We will argue in particular that certain
non-human species are endowed with a naïve morality, whereas they do not
have a full-fledged morality, or, in other terms, a moral sense. However, the
occurrence of naïve morality in certain animals does not necessarily imply
the existence of natural rights for animals.