Revue française de sociologie 2007- 4 (Volume 48)| ISSN 0035-2969 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 978-2-7080-1176-2 | page 751 à 779

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La crise de recrutement des chirurgiens français : entre mythes et réalités

Régine Bercot

Alexandre MATHIEU-FRITZ


RESUME — La crise de recrutement des chirurgiens français est souvent présentée – par les journalistes, les hommes politiques, les chirurgiens eux-mêmes, etc. – comme l’expression d’une « crise des vocations » qui constituerait la conséquence logique de changements affectant la chirurgie (judiciarisation, augmentation des primes d’assurances en responsabilité civile professionnelle, baisse du pouvoir d’achat, etc.). Après avoir étudié ces évolutions, leur contexte et leur impact sur la perception de la profession, les auteurs mettent en évidence le caractère paralogique des raisonnements sur lesquels se fondent les explications communes de la crise de recrutement. Ils montrent ensuite que celle-ci s’explique principalement par la réduction pendant une quinzaine d’années du numerus clausus à l’entrée de l’internat – qui a largement contribué au vieillissement du groupe professionnel – et que le recul des choix pour la chirurgie parmi les meilleurs candidats reçus à l’issue des épreuves classantes nationales est directement lié à la féminisation des étudiants en médecine – et non pas à une « crise des vocations ».

ABSTRACT — The crisis in recruiting French surgeons is often said – by journalists, politicians, surgeons themselves, etc. – to reflect a « crisis in the vocation », itself understood as the logical result of changes affecting the surgery profession (« judicialization », increased malpractice insurance rates, falling purchasing power, etc.). After studying these developments, their context, and their impact on perception of the profession, we bring to light the erroneous reasoning that these common explanations of the crisis are based on. We then show that : 1) what explains the crisis is primarily the restricted admission to medical school that has been in effect in France for the last fifteen years – this largely explains the aging of the professional group ; and 2) the fact that the applicants ranking highest on the national competitive medical school entrance examinations have been increasingly less likely to choose surgery is directly related to the increased proportion of women medical students – and not to a « crisis in the vocation ».

ZUSAMMENFASSUNG — Die Rekrutierungskrise der französischen Chirurgen wird oft – durch die Journalisten, die Politiker und die Chirurgen selbst usw. – als Ausdruck einer Berufungskrise ausgelegt, die das logische Ergebnis der Wandlungen in der Chirurgie wäre (Judizierung, Anstieg der Versicherungsprämien zur beruflichen Haftpflicht, Rückgang der Kaufkraft usw.). Nach Untersuchung dieser Entwicklungen, ihres Rahmens und ihres Einflusses auf das Berufsbild, zeigen die Verfasser des Artikels die paralogische Eigenschaft der Rückschlüsse auf, auf denen die üblichen Erklärungen der Rekrutierungskrise begründet sind. Weiterhin zeigen sie, daß diese Krise hauptsächlich durch die Reduzierung über zirka fünfzehn Jahre des Numerus clausus zur Assistenzarztzeit erklärbar ist, der weitgehend zur Veralterung dieser Berufsgruppe beigetragen hat, und daß die Berufswahl zur Chirurgie unter den besten Kandidaten nach Abschluß der nationalen Prüfungseinstufungen, direkt mit der Feminisierung der Medizinstudenten zusammenhängt und nicht mit einer « Berufungskrise ».

RESUMEN — A menudo, la crisis en el reclutamiento de los cirujanos franceses es presentada – por los periodistas, los políticos, por los mismos cirujanos, etc. – como la expresión de una « crisis de vocaciones », que sería la consecuencia lógica de los cambios que afectan la cirugía (judicialización, incremento de bonos de seguridad en la responsabilidad civil profesional, disminución del poder económico, etc.). Después de haber estudiado esas evoluciones, su contexto y su impacto sobre la percepción de la profesión, los autores ponen en evidencia el carácter paralógico de los razonamientos sobre los cuales se basan las explicaciones comunes en la crisis de reclutamiento. Muestran después que ésta, se explica principalmente por la reducción durante quince años del numerus clausus a la entrada en internado – lo que a contribuido enormemente al envejecimiento del grupo profesional – y que el retroceso de las elecciones para la cirugía en medio de los mejores candidatos recibidos a la salida de las pruebas categoriales nacionales se encuentra directamente ligado a la feminización de los estudiantes en medicina – y no a una « crisis de las vocaciones ».