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Populations civiles et violences de guerre : pistes d’une analyse historique
John Horne
John Horne est professeur associé d’histoire contemporaine et directeur du Department of Modern History à Trinity College, Dublin. Il s’intéresse à l’histoire trans-nationale de la Première Guerre mondiale et à l’histoire sociale et culturelle de la France au xxe siècle. Dernier livre (avec Alan Kramer), German Atrocities, 1914. À History of Denial, 2001 (Prix Fraenkel de l’Institute for Contemporary History, Londres). E-mail : jhorne@tcd.ie
Depuis le xviiie siècle, les rapports entre les populations civiles et les violences occasionnées par la guerre ont été marqués par trois processus évolutifs. D’abord, la politisation de la guerre. La « levée en masse », inventée par la Révolution française, imagine une mobilisation totale de la population pour la guerre, une idée qui atteint son sommet dans les guerres mondiales du xxe siècle. La même logique de mobilisation totale fait de toute la population ennemie une cible légitime de violence militaire. En second lieu la révolution industrielle et les transformations technologiques permettent l’application d’une puissance destructrice sans précédent contre les civils. Enfin, dans le demi-siècle suivant la Deuxième Guerre mondiale, la politisation et l’industrialisation de la guerre remodèle (en le rectifiant) le déséquilibre militaire considérable qui existait entre l’Europe et les colonies européennes. Les « violences extrêmes » à l’égard des populations civiles proviennent en partie de ces transformations de la manière de faire la guerre. Mais elles viennent aussi des critères de « normalité » dans la poursuite de la guerre et de la perception par les contemporains que, dans certaines circonstances, ces normes sont radicalement dépassées. Ce sont pour ainsi dire des « moments extrêmes » de la guerre.