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Revue de Métaphysique et de Morale | 177-189 Distribution électronique Cairn pour les éditions Presses Universitaires de France. © Presses Universitaires de France. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
Démocratie participative et conflit
Patrick Savidan
Université de Paris-Sorbonne Observatoire des inégalités
Dans certaines sociétés démocratiques, nous connaîtrions un âge de « dissolution du politique ». Dans sa forme politique, cette tendance s’exprimerait selon deux modalités : la distanciation à l’égard des institutions politiques et l’exacerbation de la fonction de contrôle et de surveillance du pouvoir politique. Face à une telle montée en puissance du « citoyen-surveillant », et afin de lutter contre la défiance qu’exprime son intense activisme, les gouvernants sont naturellement portés à s’investir plus ou moins résolument dans la mise en place et le fonctionnement de dispositifs participatifs. Il en résulte une tension au sein même de ces dispositifs, qui tient au fait qu’ils sont le plus souvent institués pour capter et neutraliser les ressources de la « souveraineté négative », alors même qu’ils cherchent à abolir cette distanciation et à recadrer la fonction de surveillance assumée par le citoyen pour le conduire à réintervenir dans le cadre des contraintes inhérentes au rôle de producteur (même très indirect) de la décision collective.
t is sometimes said of democratic societies that they go through a process of institutionnal depolitization. When this process doesn’t just lead to indifference or cynicism, it takes two forms : an increasing distance between the citizens and the political institutions and a reinforcement of the critical examination and control of public actions. This social activism expresses a general feeling of political defiance that political leaders and parties try to thwart through many ways, one of them being the implementation of practices of participative democracy. This paper contends that it is a mistake and that institutionnalised participative democracy cannot make room for the critical oppositional activity which characterized some of the new forms of social activism and citizenship.